<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-36656851</id><updated>2011-06-08T08:23:30.891+02:00</updated><title type='text'>Terminus</title><subtitle type='html'>Roman à quatre mains, carnet de voyage du nulle part.</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>tchorski</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>9</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-36656851.post-4635909215530625069</id><published>2007-10-05T20:14:00.000+02:00</published><updated>2008-12-11T19:51:14.071+01:00</updated><title type='text'>-Eyrhe, 5° jour-</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify; font-family: georgia;"&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_JSb5-ooZdR0/Rp4f9cVYYMI/AAAAAAAABRg/8Tzd26Fz44U/s1600-h/terminus5.JPG"&gt;&lt;img style="cursor: pointer;" src="http://2.bp.blogspot.com/_JSb5-ooZdR0/Rp4f9cVYYMI/AAAAAAAABRg/8Tzd26Fz44U/s400/terminus5.JPG" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5088539769413591234" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis toute seule au milieu des choses. J’écris sans trembler ; il n’y a pas à trembler : pas dans le projet de vie que je me suis fixée. J’ai les cheveux courts, maintenant, même si les yeux encore un peu trop doux, avec des cils, beaucoup, trop courbés.&lt;br /&gt;Je ne sais plus quel âge j’ai parce que j’en ai perdu les repères, je ne me reconnais pas dans les livres d’image. Si j’avais eu le temps de croire, je dirais : Pitié Seigneur s’il te plaît.&lt;br /&gt;On n’apprend pas les prières de la tourmente, je n’en connais pas une entière. Pourtant j’aimerais bien. Je me surprends à entortiller les chapelets autour de mes poignets hérétiques qui ne savent pas se joindre en prière, et puis à aimer les vieux petits livres pleins de chansons dans des langues que je ne comprends pas.&lt;br /&gt;C’est toute ma religion à moi. La fascination de la foi.&lt;br /&gt;Mais je n’ai pas reçu l’éducation de la foi elle-même, alors j’écris ces lignes pour dire (je ne sais pas à qui) que ce n’est pas ma faute.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai appris à être silencieuse pour quitter les appartements et écumer les faubourgs. Cette fois la paille n’a pas craqué. Sibel dormait, je crois, il n’a rien entendu. Je suis sortie toute sans bruit. (Je n’aime pas dire le nom des gens, il sonne toujours faux, je voudrais dire « il » mais il prononce mon prénom trop souvent).&lt;br /&gt;Je suis presque nue, je crois que c’est une question de mise en scène, la seule coquetterie que je m’accorde. Au bord du marécage, les vêtements tombés à mes pieds, dans les joncs boueux : déjà irrécupérables. Je ne veux pas la tentation de vivre, je veux rester cette enfant qui a décidé&lt;br /&gt;Je n’arrive pas à l’écrire. Je n’arrive pas à le penser, pourtant je n’ai pas peur.&lt;br /&gt;Tant pis, nous nous passerons des mots, je n’ai besoin d’eux que comme une justification minime si quelqu’un trouve ce carnet un jour. Il aura le droit de rire à mes fantaisies de gamine en guerre, qui voudraient les joues rosées, les taches de rousseur, mais qui n’aura que la crasse. Sans le côté superbe de la misère. Je suis pouilleuse sans romanesque.&lt;br /&gt;Il faut que j’écrive, c’est important, que je ne suis pas désespérée, j’ai juste réfléchi et tout agencé de façon logique : je me sens terriblement neutre, grise ; je ne ressens pas en fait. Alors il faudrait que personne ne soit triste, c’est juste qu’il faut que cela soit. Je n’ai pas la culpabilité de l’hérésie sur mes épaules, alors je peux oser.&lt;br /&gt;Je suis consciente et contente de ne pas avoir trop déclaré d’amour, et de m’être décollée à temps de ses dangers.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai les pieds dans l’eau, mais l’hydrocution ne me guette pas, ce serait trop rapide, trop facile, peu glorieux. Je sens des poissons qui frôlent mes chevilles. Ils seront peut-être dans l’assiette de Sibel demain matin.&lt;br /&gt;Des mutants qui savent vivre dans les eaux croupies.&lt;br /&gt;Moi je ne peux pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai les chevilles graciles et glacées, j’aurais un peu voulu faire pitié à quelqu’un mais il n’y a personne. Eloignée de l’orgueil au dernier instant. Personne pour m’envelopper dans une couverture, et c’est très bien comme ça.&lt;br /&gt;Il faut avancer encore, jusqu’aux genoux. Toujours le carnet dans la main, je ne peux pas le lâcher. Le perdre c’est mourir toujours. Je ne peux pas me résoudre à pas de traces, même si celles-ci sont modestes.&lt;br /&gt;Je n’ai pas de grandes idées, aucune envie qu’on dise aux dirigeants : « regardez ce qu’elle fait, votre saloperie de guerre ! »&lt;br /&gt;Ce n’est pas ça, je suis satisfaite d’avoir souffert : j’ai la chance de me ressembler plus tôt dans la vie. Je n’ai pas besoin d’être vieille. J’ai connu l’occupation des reins, la peau qui se décolle, l’écho dans l’appartement. Non, vraiment, je n’ai plus besoin de rien.&lt;br /&gt;Mes jambes se tordent dans l’eau quand je les regarde. Six centimètres d’eau claire, puis plus rien. Du reflet de lune, de la même couleur que mes cuisses. J’avance encore un peu.&lt;br /&gt;Je ne pense à personne, juste à moi, c’est l’ultime égocentrisme que je m’autorise. J’aimerais avoir la chance de voir mon cadavre, d’être un peu triste, de savoir qu’est-ce que l’immobilité. Lire l’intérieur des paupières pendant très longtemps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’eau est glacée, et épaisse, tétanise les muscles. Je n’ai rien d’une icône, rien d’une Ophélie : je frissonne, mes dents vont  éclater. Comme des morceaux de cette grosse lune, grasse.&lt;br /&gt;On disait paysages lunaires des villes après les nettoyages des bombes. Ce n’est pas vrai. La ville rasée n’est repue de rien, la lune nargue forcément. Elle regarde ma nudité dans l’eau épaisse, elle regarde mon nez penché sur mon carnet, mes épaules resserrées, et elle rit fort de l’orgueil que je peux tirer de ce suicide. (Je l’ai écrit.)&lt;br /&gt;Personne ne me tuera, c’est moi qui choisis.&lt;br /&gt;Il n’y a rien de plus beau que ce bon débarras de tout. Je vais pouvoir mourir sans vie qui défile devant mes yeux, sans appréhension, juste parce que cela doit être. C’est une chance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’aurais pas voulu mourir désespérée, triste. Ici j’ai trouvé suffisamment de pays gris pour avoir le droit de choisir, sereine. C’est peut-être à ce moment-là que je quitte l’enfance -par la mort.&lt;br /&gt;Le coton que je porte s’imprime au fur et à mesure que je progresse dans l’eau. Le passage du nombril est très difficile. Je le remplis et le noie pour qu’il taise l’instinct de survie.&lt;br /&gt;Le débile ombilical ne me lie plus à rien ni à personne. Si c’était encore le cas je le couperais avec les dents.&lt;br /&gt;Mes côtes enflent quand j’avance.&lt;br /&gt;Je me dis « ça y est, tu vas mourir ». C’est comme une longue baignade, c’est tout. Je n’ai pas prévu de serviette éponge. Je me boucherai le nez pour que l’eau n’y rentre pas ni l’odeur de vase. Les poissons passent sur mon ventre. Je dois désormais tenir haut le petit carnet, mon écriture se fissure. J’ai la fureur en ventre, d’un coup il y a des choses que je n’ai pas dites. Toujours pas de regrets, juste des omissions.&lt;br /&gt;Cela fait une heure dans la nuit, j’aurais des chances de mourir de froid si les mots ne se calment pas. J’ai toutes les chances de mon côté, les pieds dans la vase qui m’enserre.&lt;br /&gt;Je suis bien même si je grelotte. Je pleure un peu, ce n’est pas nerveux, c’est mécanique.&lt;br /&gt;J’avance encore. La tête renversée en arrière, gorge saillante. Le carnet est au-dessus de ma tête, l’encre a la tête à l’envers. Je vais bientôt devoir tout taire.&lt;br /&gt;Je vais jeter ce cahier sur la rive, cesser de me cramponner à mon stylo, et plonger pour de bon, me rendre le plus loin possible, espérer les crampes, l’immobilité et l’étouffement. Ca fera certainement très mal mais personne ne sera là pour voir le côté moche de ma mort.&lt;br /&gt;Je pense à Sibel et la manière dont il bouge les mains, comme s’il essayait en permanence de réparer un objet éclaté en morceaux. J’espère que ça ne lui fera rien. J’espère que tu trouveras le carnet sur la rive, et que tu ne regarderas pas trop mon corps de noyée. J’ai épargné la nudité, mais je ne peux rien faire contre les organes qui gonflent et l’eau boueuse. Si tu trouves ce carnet, ne m’en veux pas, je l’ai écrit, je suis sereine, il ne faut rien regretter, et prendre le train. J’en prends un autre pour ma part, ne t’en fais pas, tout va bien.&lt;br /&gt;On ne s’attache pas aux mômes comme moi, je ne ressemble pas assez aux aquarelles.&lt;br /&gt;Je vais jeter ce carnet, en espérant qu’il arrive à la terre, et au matin.&lt;br /&gt;Je lance un mot ,qui n’appartient à personne et ne sera pour personne : Je t’aime.&lt;br /&gt;Qu’il ait simplement la saveur de l’encre.&lt;br /&gt;Je vais jeter ce carnet et m’accoupler à la vase.&lt;br /&gt;Je vais le refermer, et le lancer, il faut juste savoir écrire les derniers mots, mais je ne sais pas pour qui ils sont : merci, merde, et puis oui, et puis herbes folles. Au revoir, aussi, forcément.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je m’arrête ici&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/36656851-4635909215530625069?l=t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/feeds/4635909215530625069/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=36656851&amp;postID=4635909215530625069&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/4635909215530625069'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/4635909215530625069'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/2007/10/eyrhe-5-jour.html' title='-Eyrhe, 5° jour-'/><author><name>Chloé</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15665895115171402002</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='28' height='32' src='http://ermith.free.fr/Autoportraits/4.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_JSb5-ooZdR0/Rp4f9cVYYMI/AAAAAAAABRg/8Tzd26Fz44U/s72-c/terminus5.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-36656851.post-8435859787937004871</id><published>2007-07-18T16:02:00.000+02:00</published><updated>2008-12-11T19:51:14.294+01:00</updated><title type='text'>-Sibel, 4° jour.-</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_JSb5-ooZdR0/Ro4yvGYN2vI/AAAAAAAAA0Q/liciAiTL5mk/s1600-h/comestible.jpg"&gt;&lt;img style="cursor: pointer;" src="http://2.bp.blogspot.com/_JSb5-ooZdR0/Ro4yvGYN2vI/AAAAAAAAA0Q/liciAiTL5mk/s400/comestible.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5084056814095293170" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;-Hal, jaz biti brez a struna ? Mel življati tikati koga svoj slučaj približno podeliti ?&lt;br /&gt;-Zato da delati kakšen ?&lt;br /&gt;-Mel življati potreba po privezati svoj prtljaga. A dober struna trajen poseben ali fewer nekaj mtres mel obstati samozadovoljen.&lt;br /&gt;-Hodim pogled…&lt;br /&gt;Hal s’éclipsa quelques instants. Un lourd silence s’installa, où je contemplais sans envie l’horrible poisson dans mon assiette. Je voyais bien qu’Eyre était dans le même état – ça ne passait pas du tout. Peut-être était-ce dans les coutumes de ce lieu de manger ainsi. Il n’y a rien à faire, ça me révulsait. Hal revint en silence. Sa corpulence énorme en imposait franchement dans la chiche lumière d’une ampoule à incandescence plus qu’usée, recouverte de crottes de mouches. Il lança rapidement ces mots, dont je saisis l’essentiel.&lt;br /&gt;Jadro, jaz pločevina vi podeliti kateri dvanajsti. Svoj moram malo tvorec, svoj stavek njega podstrešnica, šele svoj mel obstati zmožen si se strinjal.&lt;br /&gt;Il me tendait alors la corde, usée jusqu’à l’os. Il avait bien compté les deux mètres, il n’y avait pas un centimètre de plus. Précieusement, je la lovais comme s’il s’agissait d’un serpent, avec délicatesse et méfiance. Je la glissais sous mon pull, contre le ventre, me plaçant enceinte de l’objet. Eyre me regardait avec une stupéfaction qui redevint rapidement de l’indifférence. Qu’est-ce que je pouvais bien faire avec une corde pourrie ? Ce que j’avais justifié – pour mes bagages – ne pouvait pas tenir debout auprès d’elle. Elle savait parfaitement que je n’avais rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le poisson gisait dans l’assiette, à peine cuit, jetant des regards d’asphyxie. Il fallait se forcer pour remercier notre hôte. Quatre jours, ça allait être bien long, surtout pour Eyre, qui dans un certain état de nervosité, passait de plus en plus en plus souvent la main dans sa nuque, cherchant des cheveux à tortiller, ce qu’elle n’avait plus et assurément, ce dont je n’arrivais pas à m’habituer. La torture pris fin fort heureusement, même les moments les plus abjects ont une terminaison. Les gosses se mirent à se chamailler, semant une pagaille épouvantable. Hal et sa femme rattrapaient tout le monde, laissant la cuisine miteuse seule avec sa lumière famélique.&lt;br /&gt;-Bouge pas !&lt;br /&gt;J’apostrophais Eyre en chuchotant, j’attrapai avec la fourchette une large portion du poisson que je faisais disparaître d’un geste maladroit dans un sac plastique. J’en faisais de même pour mon assiette, avec des gestes frénétiques – je maîtrisais relativement mal ma nervosité. Le sac disparut aussi rapidement que possible dans ma poche de treillis. Je sentais le mou et chaud près de ma peau, c’était très désagréable. J’eus peur un instant que de la sauce, ou quoi que ce soit d’horriblement odorant se déverse. Heureusement pour moi, il n’en fut rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque nous quittions enfin le petit espace surchauffé baigné de lumière blafarde, c’était pour se faire saisir par un froid piquant – dehors il faisait glacial. De longues bourrasques de vent venaient fouetter le visage, le contraste violent nous sortait de la torpeur comme on tombe d’une échelle. Comme l’instant se révélait franchement désagréable, Eyre n’eut pas le temps de s’attarder en quelconques commentaires sur la soirée, nous nous dépêchions de retrouver la grange, en comptant les pas mentalement afin d’éviter les flaques d’eau, invisibles dans l’obscurité. La faible lampe que nous avions – une pour deux – était une bien maigre ressource. Cela nous permit tout de même de nous orienter dans la paille, jusqu’à retrouver enfin les couvertures de toile de jute. Elles étaient épaisses et brunes, rugueuses au toucher. Je n’eus aucun doute qu’elles puaient. Les deux étaient en un seul tas, informe, sur le dessus d’un ballot de paille. Le fait qu’elles soient mélangées me laissait un étrange sentiment de gêne. Dans cette région frigorifiée, la chaleur d’une peau où se réfugier ne m’aurait nullement dérangé, mais plus que jamais je me sentais froid en mon cœur. Je pris ma part des choses et murmura un bonne nuit, à peine audible dans les gémissements de la tempête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je m’installai derrière une pile de ballots haute de quelques mètres. Je craignais pour sa stabilité, mais à vrai dire, qu’est-ce que ça pouvait faire ? N’ayant pas le cœur à me mettre à l’horizontale, je m’adossais calmement à la paille. Des morceaux me piquaient dans le dos, c’était désagréable. Je ne cherchais pas de position plus confortable. Tant bien que mal, quoi que je fasse, je savais que ça n’allait pas s’arranger. Ma main sur le ventre, je sentais le contact hostile de la corde, enroulée sous le pull. Je la sortis de là-dessous pour la mettre au dessus de la couverture, qui ne me réchauffait pas assez. De mes doigts malhabiles, je tâtais toutes ses imperfections, une à une, comme pour en saisir l’histoire. Ca restait muet comme une pierre tombale. Au dessus, le toit métallique grinçait à chaque bourrasque, l’immense armature devait plier sous le vent. Des tempêtes comme ça, la grande bête de fer rouillé a dû en subir des centaines, elle se mettait à geindre presque par habitude, sifflant entre ses boulons des mélodies monotones. De temps à autre, on pouvait deviner des étoiles, balayées de manière soudaine par l’ombre de nuages furieux. La pluie allait-elle faire crépiter le toit de mille millions de gouttes gelées ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Assez brusquement, je me penchai vers la droite, afin de pouvoir me retourner. Derrière, à sept ou huit mètres, du côté de chez Eyre, il n’y avait rien de spécial : pas de lumière, pas de bruit, pas de souffle : une absence. Peut-être avait-elle des difficultés à trouver le sommeil à cause du grand bazar de la nuit en colère, peut-être même était-elle partie ailleurs, dans un environnement moins hostile – je ne sais où – peut-être était-elle partie pour toujours, sans même que je la revoie dans le train. Je m’étais débarrassé de l’horrible repas sous un ballot de paille, en espérant que des chats affamés viennent s’en délecter – eux, au moins. Mes mains trifouillaient à présent sous la couverture. C’est moi qui avait gardé la lampe. J’éclairais sous la toile avec le sentiment d’être un adolescent en faute, cachant des activités honteuses. Il n’y avait rien d’honteux. Je voulais juste ne pas déranger. Au bout d’un assez court moment, je coupai la pile miteuse, puis rejetai la couverture sur le côté. J’étais à présent debout, dans un équilibre plutôt instable, cherchant mes chaussures.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La lune me regardait avec une haine dénuée de la moindre humanité. Elle n’éclairait plus rien d’autre qu’une lande désolée, la cour de la ferme ravagée de longues tâches noires informes. Grâce à cette luminosité blafarde quasiment providentielle, j’évitais les poules et les canards, seule une oie caqueta à quelques reprises à mon passage, rien de bien grave. C’est avec quelques peines que j’atteignais enfin le petit débarras tout au fond de la ferme. Je l’avais vu dans la matinée, c’était un blockhaus, un bunker, qu’en sais-je ? Je ne sais de toute façon pas différencier tout ça. Dans l’entrée, il y avait une montagne d’orties. Ca sentait mauvais l’humus des vieilles pourritures, ils dévoraient à leur rythme de plante la fin d’une vie. Si le jour avait baigné le paysage, on y aurait deviné les traces de mon passage de ce matin, les empreintes de pas dans la boue spongieuse, les saletés d’orties écartées ; le noir enveloppait tout ça bien savamment, il me fallut l’aide de la lampe pour réussir à entrer. Je me saisis de la porte blindée aux armatures rouillées et la repoussait autant que possible contre les chambranles. Ce n’était pas facile, tout était pourri. Quoi qu’il en soit, je reçus un certain soulagement quand enfin, après quelques douleurs aux mains, j’arrivai à clore la lourde obstruction d’un coup de loquet inviolable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Seul dans l’espace restreint du blockhaus, la petite lampe blafarde n’éclairait pas grand-chose, c’est à peine si l’on pouvait distinguer les parois d’acier, rouillées depuis des années. La tempête ne rugissait plus. Ici, sous les tonnes de béton, les sons ne filtraient pas. J’étais seul avec la mort, isolé du monde entier, seul avec mes deux mètres de corde et mon passé foireux. J’ai sorti l’objet de sous mon pull, rien n’avait changé si ce n’est la présence d’un nœud coulant, confectionné à grande peine dans l’obscurité de la grange. J’ai passé la corde autour d’une fiche métallique qui ressemblait à un portemanteau, mais accrochée au plafond. C’était tout rouillé. Mes pieds sur un bidon, pour atteindre l’armature, j’avais peur de basculer. Réflexe stupide, puisque de toute manière j’allais disparaître.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me suis mis debout sur le bidon, dans un équilibre précaire, puis j’ai passé l’anneau autour du cou.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’avais pas peur.&lt;br /&gt;Je m’en souviens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les souvenirs revenaient diffus, les cris des mouettes à Knokke, lorsqu’il y a longtemps, je m’étais promené avec ma future femme le long de la côte, le vent fouettait les jambes. Il y avait aussi des choses difficiles à saisir, pourquoi avais-je gardé le silex dans mon sac, cet objet embarrassant, pourquoi la caravane à la lumière jaune ne cessait de revenir me hanter ? Mon esprit se promenait sans parcours prédéfini, jugeant chaque endroit avec circonspection : fallait-il oublier ces lieux de malédiction sentimentale dans cette pièce de bunker ? Fallait-il tout quitter, Hoeilaart comme Paris, les gens et leurs petits cœurs qui battent ?&lt;br /&gt;Oui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’un coup brutal, je donnai un coup de pied au bidon vide, dans le but qu’il se renverse et qu’il aille loin, surtout qu’il tombe dans la fosse avec l’eau au fond, qu’il ne puisse pas être récupérable dans un dernier instant de doute. Le fut métallique s’envola sous le coup, s’éclatant probablement sur le mur, puis roulant comme prévu jusqu’à la fosse. Le déséquilibre a pris le dessus sur la vie et mes pieds se sont retrouvés dans le vide, comme un grand saut depuis le haut de la tour Montparnasse. Et puis j’ai ressenti une très forte douleur dans le cou, la corde a déchiré la peau, s’est tendue autour de ma vie, elle s’est faite goulet de violence pour que mon existence ne puisse plus passer. Je ne peux pas dire quels sont les moments car le temps lui-même s’est resserré comme une petite boule, pour avoir le moins mal possible certainement. Je sais simplement qu’immédiatement après, j’eus une douleur inconcevable aux fesses et au dos. Ca courrait partout dans mon corps, comme un sang déchiré, une mort qui envahissait chacune de mes veines avec fulgurance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus on est jeune, plus on imagine la mort comme une improbable ; elle n’existe que pour les autres et par les autres. Il faut avoir vécu, le cœur déchiré de milles entailles, pour réaliser qu’elle n’est pas si lointaine, et que sous certains aspects, elle peut même se révéler source de désir. A certains stades de la vie, plus aucun amour ne peut réparer un cœur déchiqueté, rester en vie devient un acharnement thérapeutique, la mort – outre sa libération – vient apporter sa séduction du grand apaisement. Ici, j’étais par terre. Le portemanteau, pourri jusque dans la moindre de ses ossatures, avait lâché sous ma vie qui voulait s’enfuir. Je m’étais éclaté par terre, mou, le corps meurtri et cassé en deux. La vipère était encore à mon cou, morte à présent. Elle se roulait mollement sur mon ventre, c’est elle qui était partie, me laissant lâchement face à mon destin brisé. Incapable de bouger, je restais ainsi peut-être plusieurs heures. Dans le noir complet, je voyais une fenêtre s’ouvrir dans le béton de la paroi. Eyre ouvrait les volets et une lumière aveuglante me brûlait le visage. Dans le contre-jour brutal, je ne voyais pas son visage mais j’y savais la réprobation, elle m’en voulait énormément, non pas de la lâcher en cours de route, car elle s’en moquait éperdument, c’était d’avoir eu l’intention de partir au bout du bout de la lassitude sans m’affronter jusqu’à la fin du trajet. J’eus soudain l’inquiétude au ventre, un sale morceau de pus, qu’elle le sache. Je voulus me lever et partir avec rapidité, mais j’échouai – ma vie était en morceaux, éparpillés par terre, il fallait que je la ramasse. Avec peine, je décoinçais le loquet et tirais du mieux que je le pouvais la lourde porte d’acier. Dehors, la tempête faisait rage. Il s’était peut-être passé deux minutes comme deux heures, je n’en savais rien. D’épuisement, je tombai les genoux dans la fange spongieuse des orties, je me mis à pleurer. Silencieusement. Avec pudeur. Comme si quelqu’un me regardait, le visage noir de honte. Il n’y avait personne d’autre que la lune haineuse, elle ferma les yeux sur mon destin et fit semblant de ne rien voir.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/36656851-8435859787937004871?l=t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/feeds/8435859787937004871/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=36656851&amp;postID=8435859787937004871&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/8435859787937004871'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/8435859787937004871'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/2007/07/sibel-4-jour.html' title='-Sibel, 4° jour.-'/><author><name>tchorski</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_JSb5-ooZdR0/Ro4yvGYN2vI/AAAAAAAAA0Q/liciAiTL5mk/s72-c/comestible.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-36656851.post-6701946998676060099</id><published>2007-07-06T10:49:00.000+02:00</published><updated>2008-12-11T19:51:14.510+01:00</updated><title type='text'>-Eyrhe, 4° jour.-</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_dM6xceV95yQ/Ro4CvZLKwnI/AAAAAAAAADQ/XCxreTG8Gfw/s1600-h/grenier2.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer;" src="http://4.bp.blogspot.com/_dM6xceV95yQ/Ro4CvZLKwnI/AAAAAAAAADQ/XCxreTG8Gfw/s400/grenier2.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5084004042582704754" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="color: rgb(153, 204, 51);font-size:78%;" &gt;(Photo : Cheeusta)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_JSb5-ooZdR0/Rm1AvtBK5mI/AAAAAAAAAv8/_76ZFFN0YMs/s1600-h/P1030819.JPG"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_JSb5-ooZdR0/Rm1AvtBK5mI/AAAAAAAAAv8/_76ZFFN0YMs/s1600-h/P1030819.JPG" alt="" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify; font-family: georgia;"&gt;Le train s’est arrêté à L. pour quatre jours, apparemment.&lt;br /&gt;C’est-ce qu’on m’a dit, du moins. Je n’ai plus d’autre choix que de faire confiance, et de me plier aux affirmations des inconnus. Eux ont eu le temps d’apprendre les langues étrangères à l’école.&lt;br /&gt;Car nous avons quitté l‘Etat.  Le nom de cette ville est le premier dépaysement que l’on m’offre, et j’en profite.  Pourquoi m’a-t-on toujours dit que les frontières étaient fermées ? Si j’avais su, je serais partie plus tôt. Le gouvernement a tout fait pour nous parquer dans ses limites de trous d’obus. Mais maintenant, finalement, je suis presque libre.&lt;br /&gt;Pourtant, ailleurs ça ressemble beaucoup à ce que je connaissais avant. Quelques maisons typiques, peut-être, mais toujours cette même invasion du gris, partout, qui coule silencieusement sur les villes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour l’instant je suis assise au milieu d’un cimetière, et j’ai froid.&lt;br /&gt;Un type du train m’a prêté son pull. Je n’ai pas dit merci, je ne sais pas trop dire merci. Ni faire confiance d’ailleurs. Je lui ai dit que nous irions boire un café, plus tard, quand j’aurais dormi un peu.&lt;br /&gt;Mais maintenant qu’il est parti, je ne songe plus même à somnoler car la même question dessine toujours des boucles dans ma tête : qu’est-ce qu’il a pu gagner à aller vers moi ?&lt;br /&gt;Je me méfie plus que je n’apprécie, je crois. J’ai surtout peur d’y voir un grand élan de pitié. Les gens, malgré la guerre, persistent à croire qu’il suffit d’un corps un peu frêle en face de soi pour devenir charitable. Moi je n’y crois pas du tout. Je l’aurais bien entendu m’appeler « l’enfant », même !&lt;br /&gt;Quelle idée, mais quelle idée…&lt;br /&gt;Je n’ai plus grand-chose de l’enfance sur mon visage. On y a imprimé à la masse d’armes des taches de son rouge sang.&lt;br /&gt;J’arpente les allées du cimetière, maintenant. C’est difficile d’écrire en même temps, j’ai calé mon cahier dans le creux au-dessus de ma hanche, là où certaines femmes assoient leur bébé. Sur les tombes, les inscriptions étranges se succèdent, je ne les comprends pas, les noms ne me sont pas familiers.&lt;br /&gt;Certaines pierres sont surmontées de statues aux visages racés, très nobles, du genre menton haut et regard clair. J’ai l’impression d’avoir basculé dans un autre siècle.&lt;br /&gt;Ce qui me frappe, surtout, c’est qu’aucune de ces pierres n’est fleurie. Enfin non, ce n’est pas tout à fait cela : en vérité, les fleurs sont là, mais en squelettes pris par le gel. Personne n’est plus venu depuis longtemps.&lt;br /&gt;Peut-être qu’ici aussi il y a eu la guerre. Alors on ne compte plus les morts.&lt;br /&gt;Le vert de gris bave et dessine des larmes grisâtres que l’artiste n’avait certainement pas prévues, mais qui ajoutent comme un soupçon d’humanité à ce champ de morts déserté. Cà et là s’élèvent des concessions familiales, véritables demeures qui ont sûrement servi d’abris après les bombardements. Les grilles d’entrée sont défoncées, arrachées. Quelques plaques de marbres brisées gisent à terre, et l’herbe pousse au milieu des visages coupés en deux, déjà à moitié effacés.&lt;br /&gt;Et pourtant je me sens bien, ici. On dirait que les bombes ont su faire le tri entre ce qui était déjà mort, et ce qui devait l’être ; le cimetière n’est pas en bon état, mais il n’y a pas un seul trou d’obus nulle part.&lt;br /&gt;Pour la première fois depuis bien longtemps, je découvre une parcelle de terre qui n’a pas été violentée de toutes parts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai retrouvé le type de tout à l’heure. C’est lui qui s’est endormi finalement, sur un banc à moitié écroulé. Je m’approche de lui sans trop oser le réveiller. Il a l’air paisible, et ça me rassure un peu : les gens en paix avec eux-mêmes n’ont sûrement pas besoin d’être charitables.&lt;br /&gt;-Monsieur ?&lt;br /&gt;Il ouvre les yeux lentement, et balbutie un : « pardon ? »&lt;br /&gt;Il ne doit pas avoir l’habitude qu’on l’appelle monsieur.&lt;br /&gt;-Le café, tout à l’heure, vous avez dit…&lt;br /&gt;Il se lève laborieusement, sa tignasse bouclée emprisonne des copeaux échappés du banc. Il acquiesce et quelques morceaux de bois tombent à terre.&lt;br /&gt;-Tu appelles encore les gens monsieur, toi ?&lt;br /&gt;-Pas toujours. Mais quand je peux me le permettre, je ne vois pas le mal qu’il y a à cela.&lt;br /&gt;-Et les gens t’appellent mademoiselle?&lt;br /&gt;-Non, les gens m’appellent « mon petit ».&lt;br /&gt;Il me sourit d’un air amusé. Peut-être que lui a compris tout l’absurde de la formule. Je murmure :&lt;br /&gt;-C’est un petit peu difficile parfois, d’être toute neuve mais de porter le poids de toutes les guerres sur soi. Les gens offrent des poupées et disent « mon petit » pour ne pas voir. On ne peut pas leur en vouloir pour ça.&lt;br /&gt;Il s’affaire maintenant à ôter les échardes coincées dans les mailles de son pull. Je remarque alors qu’il s’agit d’un uniforme militaire. Sans le vouloir, j’ai un mouvement de recul.&lt;br /&gt;-Ca ne va pas ? S’inquiète-t-il.&lt;br /&gt;-Pardon, mais… votre pull… Je ne savais pas.&lt;br /&gt;-Tu as un blocage par rapport aux militaires, hein ?&lt;br /&gt;Je n’ose pas répondre, et il sourit d’un air apaisé.&lt;br /&gt;-Moi aussi. Celui-ci provient d’un surplus de stock, et m’a permis de mener de nombreuses actions clandestines en me faisant passer pour ce que je n’étais pas. C’est le meilleur camouflage qui soit : parmi les militaires il attire la sympathie, et du côté des civils, la crainte. Du coup, personne ne songe à t’arrêter… Tu sais, ma ville à moi était plus calme que la tienne, puisque le combat avait déjà été abandonné. Chacun avait fini par accepter l’occupation. Sauf quelques uns qui ont été fouiner un peu partout pour dénicher ce genre de pulls…&lt;br /&gt;Je lui demande plus de précisions, qu’il refuse de me donner.&lt;br /&gt;-Nous avons tous les deux pris ce train pour pouvoir fuir. Pourtant chacune de nos discussions se tournent vers le passé. A quoi ça t’avancerait que je te raconte une guerre que tu connais, et que nous avons laissée derrière nous ? Et puis moi, je meurs d’envie de boire un bon café.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après nous être fait claquer la porte au nez quatre fois, nous parvenons à trouver un petit bistro qui veut bien de nous. Mon compagnon gesticule et parle la langue d’ici, que j’ai l’impression de comprendre de moins en moins. Après cinq minutes de conversation, il se tourne vers moi :&lt;br /&gt;-Il m’a confirmé que les étrangers n’étaient pas très appréciés par ici… Il accepte de nous servir mais pas ici, il a peur que ses habitués le prennent plutôt mal. Et il n’a pas de café.&lt;br /&gt;De l’autre côté du comptoir, notre interlocuteur maugrée et s’affaire. Cinq minutes plus tard, nous entrons dans la grange qui jouxte le lieu, en tâchant de ne pas renverser le thé que nous avons obtenu.&lt;br /&gt;Instinctivement, nous décidons tous deux d’utiliser une échelle et de nous réfugier sur les poutres qui se croisent sous le toit. La théière vacille, mais par chance, nous parvenons à sauver le précieux breuvage.&lt;br /&gt;Je porte une tasse brûlante à mes lèvres, tandis que lui observe l’endroit.&lt;br /&gt;-Le patron m’a dit que quand il était encore enfant, c’était un théâtre ici.&lt;br /&gt;-Pourquoi ça ne l’est plus ?&lt;br /&gt;Il hausse les épaules.&lt;br /&gt;-Ca, je n’en ai aucune idée.&lt;br /&gt;-Moi je crois qu’il faut être vraiment bête pour fermer un théâtre. C’est le dernier garde-fou , le dernier lieu de liberté. Le supprimer, c’est accepter d’ouvrir la porte à toute la dose d’inhumanité qui hurle dehors.&lt;br /&gt;Tout de suite après avoir affirmé ça, j’ai l’impression d’en avoir dit, d’avoir comme… mis trop de moi dans des paroles. Ca semble le faire réfléchir, et je m’absorbe dans la contemplation de ma tasse de thé, en espérant qu’il ne répondra pas à mon affirmation. J’ai bien trop peur de me rapprocher des gens en leur parlant. Je n’ai plus envie de m’attacher à rien, ni à personne. Pas avant d’avoir cicatrisé de beaucoup de choses.&lt;br /&gt;-Comment tu t’appelles ?&lt;br /&gt;La question est tombée d’un coup, quand je ne m’y attendais pas. Je n’ai pas le temps de me faire violence, de me méfier.&lt;br /&gt;-Eyrhe.&lt;br /&gt;Mon prénom résonne étrangement et prend un goût de terre dans ma bouche. Je n’avais plus l’habitude de le prononcer ou de l’entendre dire, et j’ai l’impression de recevoir toute la force, tout le caractère du mot en pleine face.&lt;br /&gt;-D’accord. Moi c’est Sibel.&lt;br /&gt;Je lui souris.&lt;br /&gt;-C’est drôlement bien, ça, d’avoir un prénom en forme de compliment. Le mien ressemble juste à une destinée dans laquelle je commence à m’empêtrer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons obtenu le gîte et le couvert.  Ni Sibel ni moi n’avons de quoi payer le service que nous rend le patron. Nous sommes à la fois sa dose d’exotisme et ses commis de cuisine. Il s’appelle Hal, a trois enfants qui nous courent dans les pattes.&lt;br /&gt;Nous mangeons dans la cuisine quand le rideau de fer a été tiré. Hal discute avec Sibel, qui me traduit de temps en temps. Nous sommes autorisés à rester ici les quatre jours que durera notre escale,  en échange de menus travaux. Nous n’aurions pas pu trouver mieux, je me demande comment ont fait les autres passagers.&lt;br /&gt;Je laisse ici mon compte-rendu pour ce soir, je tombe de sommeil. Je vais m’endormir dans l’odeur de bois mouillé de la grange en imaginant les histrions qui ont pu la peupler de rêve.&lt;br /&gt;Et en espérant en voler un peu au passage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/36656851-6701946998676060099?l=t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/feeds/6701946998676060099/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=36656851&amp;postID=6701946998676060099&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/6701946998676060099'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/6701946998676060099'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/2007/07/eyrhe-4.html' title='-Eyrhe, 4° jour.-'/><author><name>Chloé</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15665895115171402002</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='28' height='32' src='http://ermith.free.fr/Autoportraits/4.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_dM6xceV95yQ/Ro4CvZLKwnI/AAAAAAAAADQ/XCxreTG8Gfw/s72-c/grenier2.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-36656851.post-3869912892907170739</id><published>2007-06-11T14:26:00.000+02:00</published><updated>2008-12-11T19:51:14.706+01:00</updated><title type='text'>-Sibel, 3° jour.-</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_JSb5-ooZdR0/Rm1ACNBK5lI/AAAAAAAAAv0/Id4Qo9MnOjs/s1600-h/cimetiere.jpg"&gt;&lt;img style="cursor: pointer;" src="http://2.bp.blogspot.com/_JSb5-ooZdR0/Rm1ACNBK5lI/AAAAAAAAAv0/Id4Qo9MnOjs/s400/cimetiere.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5074782761714902610" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le noir de la nuit est la beauté de l’absence. Le visage collé contre la vitre, je ressens le froid de la paroi de verre. Les vibrations du train acier contre acier le long des rails infinis égrènent le temps. Parfois, quelques lumières aveuglantes éclaboussent l’obscurité – ce sont peut-être des gares, passées sans arrêt à une vitesse régulière – ça forme des réminiscences dans les yeux, ce sont des traînées floues et désagréables, les maigres souvenirs de lieux inconnus et anonymes. Je n’arrive pas à dormir, le sommeil libérateur ne me gagne pas. Je l’attends avec impatience pour que le temps passe plus vite, rêvant tout haut de moments agréables pour plonger presque par inadvertance dans l’endormissement. C’est comme si je faufilais la tête dans un soupirail mais que le reste du corps ne passait pas. Il subsiste quelque chose de physique, une tension dans les bras, un cœur qui bat trop vite. Pourtant, quelles émotions ? Il n’y a rien. On ne vit que lorsqu’on est vivant, pas si pléonastique que ça puisque l’on peut bien vivre en étant mort dans son cœur… Quelquefois, le train freine. Il est si lent, si long, si rempli d’inertie, c’est à peine si l’on s’en rend compte. Soudain, on sursaute à se voir presque à l’arrêt, des lumières blafardes de néons clignotants, quelques personnes sur le quai ; pour la plupart, les gens ont l’air fatigués, ils viennent de loin, font de longs trajets dont eux seuls connaissent l’utilité – ici je ne connais que ma vacuité, intimité d’un vide intérieur. Lorsque le train repart, je regarde les pendules maussades en haut des quais. Il est trois heures cinquante, c’est le creux de la nuit, les instants les plus déserts, là où le froid et le noir n’appartiennent plus qu’aux chats.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Durant l’après-midi pleine de touffeur, juste avant l’arrivée de la nuit, beaucoup de gens sont descendus à une station appelée J. Aucune idée de quelle région il peut s’agir, au loin il y avait de hautes cheminées et des bâtiments hideux. Après cette escale, la banlieue a vite fait place à une campagne grisâtre, des champs de blé à l’infini, parfois interrompus par des bois probablement réservés à la chasse. Sur les quais de J, une armée d’ouvriers est venue, ils se sont affairés sur la carcasse du train. Je me suis vraiment demandé ce qu’ils faisaient, il y avait des cris et des contradictions, un chef d’atelier semblait de fort mauvaise humeur. Sa cigarette collait à ses lèvres. On aurait dit une gitane maïs, de ces espèces de vieilles clopes hideuses comme on en trouve plus que dans les anciennes provinces. Ils ont joué des clés à cliquet durant une dizaine de minutes, emportant des panneaux métalliques avec eux – peut-être des pièces à réparer – je ne suis pas descendu pour aller voir de plus près, je n’en ai pas eu le courage. La nuit des chats, les espaces noirs, pas même une lumière pour se refléter dans les vitres, le compartiment est obscur, il ne reste plus que trois personnes. Quelques villes apparemment majeures ont emporté des flots de gens, nous sommes très loin de l’espace bondé du tout-départ où c’est à peine si l’on pouvait s’asseoir. Par moments, je frémis. Il ne fait pas très chaud. J’aurais aimé avoir une couverture, même maigre, pour me couvrir un peu. La condensation sur la vitre me mouille un peu, ce n’est pas agréable. Je sais que je ne trouverai plus de sommeil maintenant. Mis à part que c’est long, je m’en moque. Je me doute bien que ma vie ne fera plus appel à de grandes activités maintenant. Il ne s’agit que d’attendre que ça se passe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne saurais dire combien d’heures je suis resté éveillé, encore. Peut-être une ou deux. Il y a un moment où j’ai perdu l’obscurité pour retrouver un matin laiteux, empâté de brumes épaisses. Le train ralentissait et ne cessait de passer sur des ponts métalliques, c’est ce bruit là qui m’a réveillé. Des gouttes de condensation coulaient le long de la vitre, ça faisait des lignes verticales un peu filiformes. Lorsque le train a abordé le quai, je me suis rendu compte que nous étions arrivés à L., une ville dont j’avais entendu parler dans mon enfance. Cela faisait remonter des souvenirs de guerres anciennes. La dame à la respiration chuintante est descendue, elle a emporté ses cannes et ses cabas sans même que j’aie eu le temps de l’aider, je me suis simplement rendu compte de sa présence sur le quai. Mon regard errait sans but quand soudainement, une information en langue étrangère vaguement compréhensible me surprit quasiment à m’en faire sursauter, sur un panneau blanc-crasseux : arrêt, quatre jours. Moi qui pensait repartir d’ici quelques minutes… Je sentis gêné car cela était totalement imprévu. Je me moquais de la faim omniprésente (car je n’avais pas vraiment prévu mon départ), j’ignorais la saleté et la gêne du trajet, tout cela m’était indifférence car je ne souhaitais qu’attendre – en somme rester là à vivre sans vivre, une mort sans décès. Ici, il allait falloir que je sois acteur. Ca m’indisposait sérieusement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le quai s’est peu à peu vidé de ses occupants. Sans que ça soit particulièrement choquant, la longue bande d’asphalte noire est redevenue déserte. En face de moi, le dernier occupant du train dormait encore, c’était cette enfant dont j’avais croisé le regard la veille au soir, je me rappelais encore de son visage rouge et vert. Elle dormait, comme assommée sous une demie tonne de somnifères. Il est vrai qu’il était encore tôt. Que fallait-il faire, la réveiller ? Peut-être qu’elle comprendrait ce que signifiait ce trajet ? J’étais extrêmement mal à l’aise de devoir sortir des songes cette inconnue, il fallait la toucher, la déranger ; je me sentais mal rien qu’à l’imaginer ainsi, la respiration oppressée et les mains tremblantes. Je savais pourtant que je n’avais rien à perdre, que ce soit maintenant ou dans la vie toute entière ; allait-elle me dévorer ? Cette image me faisait sourire, l’expression était si stupide. Elle avait croisé les bras sur la tablette en formica, on ne voyait que ses cheveux noirs dépasser. Plus de mèches ondulantes aux reflets irisés, tout avait été soigneusement coupé, peut-être dans la toilette du train, le wagon juste un peu plus loin. Lorsqu’elle était revenue, la soirée déjà bien avancée, j’avais sursauté de ce changement, je m’étais surtout abstenu de faire remarquer quoi que ce soit. Est-ce que c’était le symbole d’un changement de vie ? J’avais peine à le croire, sincèrement. Pourquoi cette inconnue aurait eu le hasard d’un même parcours que le mien ? Un instant, je me suis mis à désirer une mèche de cheveu, la garder comme une relique inutile mais belle. Je ne me comprenais pas, j’avais quitté la vie, en quoi pouvais-je encore être attaché à des cheveux d’une inconnue – car indéniablement ce n’était qu’une préoccupation matérielle, puisqu’il n’y avait rien de sentimental. J’eus l’envie d’aller à la toilette, chercher, voir s’il restait quelque chose, je renonçai immédiatement. C’était un crime. Une part de soi si personnelle, ça se donne, ça ne se prend pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Très intimidé, d’une manière assez méconnaissable pour moi d’ailleurs, je mettais la main sur son épaule et tentais de l’éveiller. Un contrôleur aurait poussé brutalement, je préférais y aller délicatement, même si ça ressemblais plus à des caresses qu’autre chose. Dans le fond, ça m’importait peu, je ne souhaitais rien d’autre qu’un réveil en douceur. Au bout de quelques instants, surtout avec mes chuchotements « s’il vous plait », l’inconnue finit par se relever, les yeux embrumés de sommeil.&lt;br /&gt;-Excusez-moi de vous réveiller, il est encore tôt… Est-ce que vous savez ce que ça veut dire : erlum viere tagges ?&lt;br /&gt;-Hum ? Pardon ?&lt;br /&gt;-Je suis désolé, il est encore très tôt… Tout le monde est descendu du train, on dirait qu’on s’arrête ici pour quatre jours, on sera peut-être emportés dans une voie de garage, il faudrait descendre pour se renseigner je pense…&lt;br /&gt;Cette personne en face de moi avait du mal à se rendre compte de ce qu’il se passait, en réalité elle devait autant connaître les détails du trajet que moi, c'est-à-dire rien. Quoi qu’il en soit, comme la menace d’être emporté au loin dans un garage aux voies rouillées ne ravissait pas, elle finit par reprendre ses esprits et rassembler ses quelques maigres affaires, tout en s’étirant. Le voyage dans ces compartiments feutrés était juste bon à se taper des courbatures pas possibles. Quant à moi, un seul sac pas bien épais, mes affaires étaient prêtes avant même qu’il fallut partir. Lorsque nous nous retrouvâmes sur le quai, il y eut une sensation de froid assez désagréable, presque piquante. La petite ne portait qu’un t-shirt noir à manches longues, ce n’était pas vraiment adapté à ce lieu peu convivial. Sans même lui demander son avis (car à vrai dire, à quoi cela aurait-il servi ?), je sortais le seul pull de rechange de mon sac et lui tendais sans mot dire. Je fus soulagé qu’elle ne justifia pas des mots bredouilles pour le refuser bêtement, je n’avais pas la force ni l’envie d’insister. A l’intérieur de la gare, c’était une pièce de quelques dizaines de mètres carrés, plutôt sobre. Derrière une vitre, un employé de l’administration centrale lisait un journal, il ne levait pas le regard sur nous. Je m’approchais du pupitre et remarquais avec étonnement que la vitre qui nous séparait était prodigieusement sale, comme si des années de non-entretien étaient passées par là. Dans un étranger très approximatif, je lui demandai si l’arrêt correspondait bien à quatre jours. Comme il ne comprenait pas ce que je disais (je devais avoir un accent trop difficile), il me montra au travers de la vitre un calendrier photocopié. Quatre jours plus tard, il y avait effectivement un horaire, c’était notre train ; je le reconnaissais à son numéro 88200, jusqu’alors indiqué sur chaque wagon. Un peu dépité, je remerciais comme je le pouvais, puis me retournai. La voyageuse s’était éloignée de quelques mètres, elle regardait la ville au travers de la vitre de la porte d’entrée.&lt;br /&gt;-On en a effectivement pour quatre jours ici, je ne sais pas ce qu’on va faire.&lt;br /&gt;-Ce n’est pas grave.&lt;br /&gt;Sa réponse, on ne peut plus calme, avait tendance à m’étonner. Après tout, c’est vrai, il n’y avait rien de dramatique. Sur le moment, je me dis qu’il valait mieux ne rien répondre, il ne fallait pas que ça se voie que j’étais désabusé. C’est elle qui reprit, alors que je m’attendais au silence :&lt;br /&gt;-On va attendre quelques instants quelque part, que les premiers cafés ouvrent, s’il y en a, puis on ira prendre un café-double, s’il y en a – aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dehors, l’air était moite d’une humidité collante, peut-être que le brouillard allait se dissiper avec les premiers rayons de soleil. J’avais peine à le croire. La place était bordée de maisons à colombages, le torchis de comblement n’était pas très joli. Ca manquait manifestement d’entretien. Un bus orange à l’apparence antédiluvienne traversa les quelques routes dans des pétarades de vieux diesel détraqué, il était vide. Fallait-il dire que je n’en étais même plus surpris ? On aurait pu s’attendre à trouver des passagers, en train d’espérer un improbable bus vers les banlieues grises, tous ces gens s’étaient volatilisés dans les rues sans âme.&lt;br /&gt;-Allons ici, au moins nous y serons au calme.&lt;br /&gt;Elle désignait du regard l’entrée d’un cimetière. Je trouvais ça étrange qu’elle souhaite se rendre dans un lieu si triste, j’aurais pour ma part visité la ville dans l’espoir que quelques originalités fassent passer le temps, je ne refusais pourtant pas. Je m’en moquais bien. Ca ou autre, c’est avec dépit que je constatais que c’était surtout la perspective du café qui m’intéressait. Nous arrivâmes à un premier croisement, une rotonde triste et vide. Au beau milieu, il gisait un rond-point au parterre défoncé, affublé d’un banc bancal et d’une bouche d’égout depuis longtemps remplie de feuilles mortes. Elle s’installa maladroitement sur la planche de bois encore humide de la rosée. Après toutes ces heures de confinement dans le compartiment, elle trouvait encore le courage de s’asseoir, j’avais décidément de la peine à comprendre. Je restai debout, devant, de manière gauche. Aucun mot ne sortait de ma bouche, je les sentais mordants, piquants comme un froid du cœur de l’hiver, il valait mieux que je me les garde.&lt;br /&gt;-Pourquoi prenez-vous ce train ? Vous auriez dû descendre, comme les autres.&lt;br /&gt;Je me demandais un peu ce qui justifiait ce « comme les autres ». Etions-nous maintenant dans une seconde partie de trajet, moins réglementaire ? Je n’en savais rien et ça ne faisait que brouiller les cartes, je ne savais que répondre pour paraître convaincant.&lt;br /&gt;-Je m’enfuis.&lt;br /&gt;-La guerre ?&lt;br /&gt;-Non, je ne viens probablement pas du même endroit que toi. Ce que je fuis est bien pire, ce n’est pas un évènement extérieur qui me motive au départ, contrairement à toi, je me fuis moi-même. C’est tout simple en fait, je me suis laissé là-bas. Je ne sais pas si tu peux comprendre à ton âge.&lt;br /&gt;-Taisez-vous s’il vous plait sur mon âge, ce que vous prétendez est idiot, je suis peut-être plus loin que vous, mais on s’en contrefous. Quant à se fuir soi-même, ça n’existe pas. On ne fuit que lorsqu’on refuse de s’écouter. Vous avez entendu ce que disait votre cœur, vous êtes parti – c’est différent. Vous ne fuyez pas de vous-même, vous vous trouvez.&lt;br /&gt;Je laissais courir les phrases sauvages le long des fissures du macadam antique. Autour, il y avait quelques tombes fracassées, au dessus un panneau aux mots banals comme de vieilles ampoules à incandescence. Je ne trouvais rien de beau à répondre, je laissais ses phrases infuser en moi.&lt;br /&gt;-Revenez dans une heure et quelques si vous le voulez bien, je vais encore dormir un peu ici.&lt;br /&gt;-D’accord, je reviendrai ici, je ne te fuirai pas.&lt;br /&gt;Elle esquissa un faible sourire qui la rendit belle, tandis que je quittai la place ronde aux bordures de gazon brûlées par le gel.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/36656851-3869912892907170739?l=t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/feeds/3869912892907170739/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=36656851&amp;postID=3869912892907170739&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/3869912892907170739'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/3869912892907170739'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/2007/06/sibel-3-jour.html' title='-Sibel, 3° jour.-'/><author><name>tchorski</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_JSb5-ooZdR0/Rm1ACNBK5lI/AAAAAAAAAv0/Id4Qo9MnOjs/s72-c/cimetiere.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-36656851.post-5182929722037956372</id><published>2007-03-26T16:14:00.000+02:00</published><updated>2008-12-11T19:51:15.013+01:00</updated><title type='text'>-Eyrhe, 3° jour.-</title><content type='html'>&lt;a style="font-family: georgia;" onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_dM6xceV95yQ/RgfV1nH7YhI/AAAAAAAAAB0/AioNEXxGvM0/s1600-h/DSC01920.JPG"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer;" src="http://3.bp.blogspot.com/_dM6xceV95yQ/RgfV1nH7YhI/AAAAAAAAAB0/AioNEXxGvM0/s400/DSC01920.JPG" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5046237024503947794" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Le train ne m'éloigne pas assez vite de mon monde. C'est l'impression tenace qui s'est emparée de moi depuis qu'il est reparti. Chaque individu laissé sur le quai ressemble pour moi à un phénomène de foire : monstre, tout simplement, de n'être pas monté.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je ne sais pas vraiment s'il s'agit d'une lâcheté, d'une témérité ou d'un courage.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je ne veux pas le savoir.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je ne trouve pas le sommeil. Je voudrais dormir, pour ne pas compter les heures jusqu'à la prochaine escale... Le wagon est déjà bercé de ronflements légers qui volent entre deux airs. Je voudrais retrouver la quiétude qui rend vulnérable sans que l'on ne s'en aperçoive. Je n'ai pas le courage de me souvenir à chaque instant du voyage que je suis partie. Rien ne m'épargne la culpabilité ; je pensais que le souvenir enroberait le regret de quelque chose de plus doux, qu'il se fermerait sur le sourire des mes parents, ou quelque chose d'apaisant comme ça.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Non, la réalité est bien pire : j'oublie les visages. Avant de partir, je me suis pourtant gavée des leurs, sur les photos tordues des murs. Mais non, rien. Deux ou trois jours, je ne sais pas trop : quelle heure est-il ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;J'ai oublié.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Oublié lâchement les traits. Je me souviens de ce qu'on en a dit, la couleur des cheveux de ma mère... Mais déjà je ne l'appelle plus maman.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;La réalité ressemble aux bouches de métro, la nuit, quand il n'y a pas la guerre. De la lumière glauque des néons, qui vient salir le carrelage blanc des murs, on passe à la nuit complète, où des réverbères anorexiques n'ont pas le pouvoir de reprendre le dessus. L'obscurité a cette façon là de manger chaque lueur qui tenterait de croître dans ma mémoire.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;C'est peut-être pour cette raison qu'inconsciemment, j'ai décidé de tenir ce carnet. Sans savoir qui le retrouverait, qui me lirait. Je m'en fiche un peu à vrai dire. J'ai juste besoin de tout consigner méticuleusement, j'ai peur de perdre la mémoire, que tout se désagrège au fur et à mesure.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Si cela arrive, il restera moi, écrivant, assise sur les roues de ce train, qui fileront droit dans le vide. Pour cela, je ne peux pas lâcher mon stylo tant que le wagon dormira.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;-Une annonce vient de se faire au haut-parleur. Une voix mécanique au goût de fer. Ils se sont tous réveillés d'un même sursaut, il sont bien réglés les uns sur les autres. Question d'habitude, s'oublier au creux des autres. On nous invite à nous nourrir. Les voitures-restaurants ont été désignées par leur numéro. Je me demande quelle longueur fait ce train : je n'ai pas compté les rames lors de l'énumération, mais il me semble gigantesque. Y654d, c'est là qu'il faut que j'aille.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;J'ai faim.-&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;J'ai voulu me hâter, finalement il y en avait largement pour tout le monde. Des colonnes bancales de sandwichs, tous identiques, enveloppés dans des serviettes en papier. Après des mois de privation...Je n'ai pu que les trouver délicieux.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;C'était très étrange, cette façon de n'être pas rationnés, cette absence de contrôleurs. J'ai un peu peur du moment où il faudra payer mon voyage. Je n'ai pas grand chose, juste ce qui était caché dans les boîtes à thé de l'appartement. Je me demande comment ils sauront quel a été mon itinéraire, et donc le prix à fixer. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je ne comprends rien à ce voyage.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je ne sais plus exactement pourquoi je l'ai entrepris, les choses sont floues, il me semble que toute forme de logique a disparu. Je ne sais plus ce que je veux.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je crois... Je crois que je veux du soleil. Je ne sais pas vers où ce train roule. S'approche-t-on des grandes mers ? Les fuyons-nous ? Je ne comprends rien, je ne connais pas ma géographie.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Les adultes qui m'entourent n'ont pas l'air de savoir plus que moi. La seule certitude qui me reste, c'est que la guerre m'a donné soif de soleil, et de plages. Bondées, ou non. L'idée de ces lieux dont le sable n'aurait pas été soulevé par une explosion...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;J'ai envie de leur demander, d'un seul coup, à tous. De me lever et de faire comme une annonce générale, un gros caillou jeté dans la mare.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;"Qu'est-ce qu'on tous là ?"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je hurlerais ça, avec un juron peut-être, pour me donner du courage, et me prouver que je ne suis pas trop jeune pour partir. Que je suis à l'âge où on a déjà les racines à arracher.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je ne suis à l'âge de pas grand chose finalement. La guerre a volé les repères qui me revenaient de droit. Je n'ai pas gloussé avec mes amies en achetant mon premier soutien-gorge, je n'ai pas reluqué les garçons en me donnant l'air de rien, je n'ai pas commencé à acheter des robes trop courtes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je ne me suis pas encore demandé si j'étais jolie, et pourtant j'ai cédé mes reins, au lendemain de la mort.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;La guerre a fait de moi cet être intemporel, je me croirais presque asexuée, aussi, si je ne portais pas en moi le souvenir de l'espoir face au ventre. Avant de ne plus être une petite fille, je suis devenue une mère avortée.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Ma chemise pue, le wagon Y654a est dévolu à la toilette, à ce que j'ai entendu. J'hésite à laisser mes affaires, mais après un vague coup d'oeil autour de moi, je me dis que plus personne n'a rien à voler ici. Il n'y aurait pas de caverne pour cacher les trésors. Dans ma valise, j'attrape une chemise propre. Une de celles que j'ai dérobées dans l'armoire de mon frère. Il n'y a pas de honte à ça, nous savions depuis longtemps qu'il ne reviendrait pas, après tout.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je pars me laver.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je suis propre. J'en ai profité pour couper mes cheveux. Avec ma chemise trop grande et mon crâne débrouissaillé, je ressemble à un garçon. Avant la guerre, les femmes cultivaient ce genre d'allure. Et puis la guerre l'a légitimée.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;La salle de bain est grande, en tout cas. Je n'ai pas pris de bain, je ne peux plus, toujours cette peur de me voir brûlée à nouveau. Mais la douche était douce sur ma peau. Si les traces de l'accident ne disparaîtront jamais complètement, j'ai comme l'impression qu'elles se dissipent.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je me sens bien. La guerre paraît loin d'un seul coup.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je ne sais plus quand je suis partie mais il me semble avoir laissé loin derrière moi mon nom. Je n'en garde qu'un prénom qui me suffit. J'ai les dessins sur la peau pour savoir qui je suis. La mue abandonnée sur le quai est toute autre.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je ne parviens à écrire que des bribes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Peut-être à la manière de ces jazzmen lointains à qui les longs voyages en train ont inspiré le boogie-woogie. Je me vois obligée de rythmer par saccades ce que je voulais être un témoignage. Rien ne suit le chemin que j'ai désiré à la base, ma mémoire s'en mêle quand je ne demande plus qu'à avancer.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;J'ai des hoquets quand j'écris.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je n'en veux plus, d'en avoir trop vu cracher du sang par soubresauts.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Le train roule, et j'ai envie de lui hurler d'accélérer, de le supplier de me prendre à cette vie. Si je n'en ai pas connu d'autre, j'ai la certitude qu'il y en a de meilleures.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Nous circulons depuis plusieurs heures maintenant dans un tunnel très noir. J'ai l'impression d'être victime d'une grande machination, de tourner en rond, qu'on m'a enfermée.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Si ça se trouve nous n'avançons même pas, quelqu'un veut me punir de quelque chose. Je n'ai pas fait ce qu'il faut. Je suis enfermée là pour toujours. Tendue entre deux ailleurs, l'un qui n'est déjà plus moi, l'autre qui ne le sera jamais.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je vomis.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je me calme.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Les autres ne font pas attention. Peut-être l'un d'eux murmure-t-il "C'est normal, une enfant comme elle..."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je me suis calmée. Je respire de grandes bouffées d'un air encombré de l'odeur fétide de mon rejet.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je me calme, ça va mieux.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Nous sommes sortis du tunnel.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Des landes grises s'étendent partout autour, les poteaux télégraphiques semblent danser en faisant la nique aux nuages. Je ne m'essuie pas la bouche et contemple, le visage livide, et le menton visqueux, la lumière fanée qui se fraye un chemin dans les étendues sales.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je voudrais un orage.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/36656851-5182929722037956372?l=t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/feeds/5182929722037956372/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=36656851&amp;postID=5182929722037956372&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/5182929722037956372'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/5182929722037956372'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/2007/03/eyhre-3-jour.html' title='-Eyrhe, 3° jour.-'/><author><name>Chloé</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15665895115171402002</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='28' height='32' src='http://ermith.free.fr/Autoportraits/4.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_dM6xceV95yQ/RgfV1nH7YhI/AAAAAAAAAB0/AioNEXxGvM0/s72-c/DSC01920.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-36656851.post-116600203909706238</id><published>2006-12-13T08:08:00.000+01:00</published><updated>2007-07-14T17:25:48.939+02:00</updated><title type='text'>-Sibel, 2° jour.-</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5915/1567/1600/312595/terminuss.jpg"&gt;&lt;img style="cursor: pointer;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5915/1567/320/806729/terminuss.jpg" alt="" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le ciel est chargé de gros nuages gris. Le soleil disparaît derrière les arbres de la forêt. Ca fait de longues traînées oranges qui s’échancrent dans l’informe du ciel de traîne. Les voitures défilent sur la route nationale, elles déchirent l’air de leur vacarme sinistre. Un chemin boueux s’enfonce dans le noir entre les arbres. Il est large. Au bord, des flaques de la récente pluie dessinent des ombres sombres, les feuilles mortes qui gisent au fond donnent une étrange impression d’immobilité. Un pneu dans une flaque, un camion blanc-sale est garé de travers, la porte arrière vers la forêt. A l’avant, une femme attend, elle est seule. Elle fume une cigarette. Dans la faible lumière dispensée par le lumignon du plafond, la fumée forme des volutes grises. Au loin derrière les arbres, on voit quelques lueurs de poteaux, je sais que c’est la gare toute proche, accessible par quelques rues désertes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En me voyant passer dans cet endroit lunaire, seulement traversé par des voitures qui ne ralentissent pas, les phares aveuglants qui disparaissent dans le fond de la nuit qui avance à grands pas, la femme sort de la camionnette. Une chaussure à haut talon se plante dans la boue. Elle est très mal habillée, tout particulièrement une minijupe en cuir qui lui donne une apparence de profonde vulgarité. En plus, il fait froid. Je comprends bien rapidement quel est son triste métier. Je n’en ai pas de mépris, je pense simplement que c’est un malheureux destin de quelqu’un qui n’a pas eu le choix.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle m’aborde, d’une voix rocailleuse, ravagée par des années de tabac.&lt;br /&gt;-Allez, mon chou, viens te réchauffer à l’intérieur…&lt;br /&gt;Ses paroles transpirent un accent slave ivre de tristesse renfermée.&lt;br /&gt;-Je ne viendrai pas chercher cette chaleur. Mon corps est glacé par une immense mélancolie. Quand on a froid au cœur, on ne peut pas se réchauffer ailleurs. Donc voilà, je ne monterai pas à l’arrière du camion.&lt;br /&gt;-Il n’y aurait pas besoin de prostituées si les hommes n’avaient rien à confier, grimpe donc à l’intérieur, tu vois bien qu’il n’y aura personne de toute la nuit.&lt;br /&gt;-La blessure a découpé une tranchée dans mon cœur, la vie a coulé sans que mes mains puissent retenir le liquide, tout fuyant bien trop vite pour avoir le temps de réagir. La vie se joue parfois sur des instants incontrôlables. Mon existence a mouillé par terre le carrelage, quelqu’un est venu passer l’éponge. Aujourd’hui, je suis en partance, je déplace une âme vide, une carcasse de machine, une enveloppe qui ne retient plus rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’intérieur de la camionnette était surprenant. Outre l’obligatoire lit, seul mobilier, un poêle à charbon brûlait l’atmosphère de sa chaleur sèche. Une petite madone en pierre pendait au dessus du lit, probable seul reliquat d’humanité dans ce sahel sentimental. D’un recoin sous le lit, elle tire un thermos d’eau bouillante et remplit deux tasses. Là-dessous, ce sont des planches brisées et pourries, des clous dépassent. Les lieux sont d'une canicule jaune. Elle fait infuser un thé noir très odorant. Ca me fait supposer qu’elle est russe. En fait, cela n’a aucune importance, nous provenons de la même misère, quel que soit le nom de nos naissances. Le thé respire le lointain et on se demande si les cultivateurs se doutaient que ces quelques feuilles enroulées arriveraient là. L’atmosphère silencieuse n’est parcourue que par des irréguliers passages de voitures sur la route nationale, la chaleur remplit tout le reste. Je n’ose pas poser mon dos sur les oreillers, je reste planté comme un arbuste sur une terre craquelée par la soif. Mes yeux errent sur chaque détail du camion éclairé par une brutale lampe jaunissante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle a deux longues nattes rousses qui courent le long de ses épaules, ses mains sont rythmées par l’attente de la nuit. Peut-être qu’elle ne sait pas lire, le temps doit lui paraître infiniment long – si seulement la radio d’ici savait lui débiter des rêves éloignés de ces mornes plaines balayées par les vents et les rapides flocons de neige. Sans la regarder, le visage errant sur les braises du poêle, je lui lâche un rèche :&lt;br /&gt;-Tu n’as pas pu t’échapper de ta vie toi, si je comprends bien ?&lt;br /&gt;Il s’est ensuivi un long silence, bien évidemment, comment peut-on expliquer en quelques mots limpides l’aridité d’une vie captive de sa propre absurdité…&lt;br /&gt;-Je suis habituée au mépris. Ce qu’ils préfèrent, c’est de faire la file dehors. Lorsqu’une voiture se parque, je sais qu’il en viendra rapidement d’autres et ils attendront leur tour. Oui, c’est une sorte de prison. Ca ne me dérange pas, ça ne me dérange plus. Lorsque je prends le volant et que je rejoins les éclairs de la nationale, je pars retrouver une richesse intérieure, une autre chaleur que celle trop sèche de ce charbon ardent. Toi aussi tu pars, mais tu n’as rien à retrouver après. Tu pars sans savoir où ton cœur a été exporté. Dans ce bordel de monde foireux, tu peux chercher longtemps, tu le sais bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les feuilles d’automne s’amassent le long des chemins, ça fait des gros tas boueux tous gonflés de l’eau de l’hiver proche. Le camion a une petite fenêtre en plastique. La femme dont je ne connais pas le prénom tend la main pour l’entrouvrir. J’imagine le camion osciller sous les coups de buttoir de ces hommes bien trop indélicats. Il est temps de sortir de l’espace calciné, avant d’être pris par la nausée, incontrôlable. Dehors, les bourrasques font trembler les troncs d’arbres. La lune se promène au milieu des branches. Il y a ces étoiles qui mangent tout l’espace, il y a le linéaire dont les voitures ponctuent le déroulement ; violent passage dans le désert de la nationale furieuse. Les bords de la route sont des limites de la vie. La forêt respire sa nuit, le noir de la route écrase le reste. Au loin, la lueur des quais, les lumières des lampadaires souvent bouffés par les branches oscillantes, ça fait du jaune au loin, un vague but, un objectif. Je sais que les vitres du train seront recouvertes de gouttelettes qui feront des rivières obliques. Mon visage se reflètera triste dans cette humidité. Au moins, la pluie tracera des ruisseaux de larmes le long de mes joues – ce que mon cœur gelé ne sait plus donner depuis longtemps. Il y aura le claquement des portes, le long quai de K., le souterrain glauque ; il y aura l’absence dans le regard vide d’une adolescente un peu paumée, le long de la nationale que je parcours d’ennui, réminiscence de mémoire – derrière, un camion blanc dans la forêt qui oscille sous les coups de bien trop de brutalité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le train était à quai, immobile comme un grand animal mort. Des ouvriers de K. juraient dans une langue qui m’était parfaitement inconnue. Une seule clé à laine pour quatre, l’un deux enlevait des panneaux rivetés sur les parois du train. Le crachin détestable ne m’encourageait pas à rester sur le quai, je suis rentré dans la canicule du wagon. L’étuve poussait à l’immobilité. Ces gros sièges molletonnés me faisaient immanquablement penser à l’Orient Express ou le Transsibérien. Pourtant, je savais pertinemment que ces rails ne portaient aucun prestige, il n’y a pas de contrôleur, il n’y a même pas de prix à payer ; c’est à croire que ces trajets sont pris en charge par la collectivité ? Maigre participation de toute façon, nous n’avons croisé aucun train dans l’autre sens. Le compartiment est rempli de gens immobiles et pour la plupart silencieux. Un vieux respire bruyamment et cela m’étouffe, je souhaite le voir descendre au prochain arrêt. En face de moi, une femme aux cheveux de jais, lisses comme une rivière calme, on y voit les lumières de la nuit dans les reflets. Sa peau se fait l’écho du rouge d’un feu – bientôt vert ; quand elle le sera, les vitres s’ébranleront et la locomotive prendra les rails. Les halos de l’obscurité font des miroitements dans les gouttes de pluie qui roulent doucement, parfois bercées par le vent. La femme écrit sur des papiers délavés d’un carnet minuscule, son écriture irrégulière m’est illisible à l’envers. Je ne peux deviner son prénom, je ne sais quels sont les regrets qui s’arrachent au feuilles, égrainées une par une à une vitesse étonnante. Elle a levé le regard et je me suis retrouvé captif de ses yeux noirs, mon visage prisonnier de son écriture, une trahison. J’ai détourné le regard, gêné. Ses mains sont devenues vertes et j’ai fermé les yeux.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/36656851-116600203909706238?l=t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/116600203909706238'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/116600203909706238'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/2006/12/sibel-2-jour.html' title='-Sibel, 2° jour.-'/><author><name>tchorski</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-36656851.post-116380540208496439</id><published>2006-11-18T00:14:00.000+01:00</published><updated>2007-07-18T16:03:42.838+02:00</updated><title type='text'>-Eyrhe, 2° jour.-</title><content type='html'>&lt;div style="font-family: georgia; text-align: justify;"&gt;&lt;a style="font-family: georgia;" onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/5398/2023/1600/1%282%29.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/5398/2023/400/1%282%29.jpg" alt="" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Une voix a annoncé au haut-parleur que nous avions droit à une heure d'escale dans la ville de K. .&lt;br /&gt;K. ... Une de ces villes qui moisissent au fond des livres d'histoire. K. que j'avais tant maudite du temps où j'allais encore à l'école, sans le risque de me prendre une bombe sur les épaules. K. qui me faisait vociférer parce que je n'avais pas su retrouver son foutu nom une fois devant la copie.&lt;br /&gt;Il y a un an peut-être, ou bien même moins, les coups de coude à la voisine devenue sourde : "C'est quoi cette ville déjà  ? Comment elle s'appelle ?".&lt;br /&gt;Je n'y avais jamais été, moi. Je n'avais pas fait partie de ces petites filles qui partaient tous les week-ends dans des monospaces, ramenant leurs trophées le lundi matin.&lt;br /&gt;Je n'avais pas non plus été touchée par les premières bombes qui étaient venues de l'Est.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai repéré le matricule de ma voiture - Y654b - et je suis descendue. Sans trop savoir pourquoi, peut-être juste pour pouvoir dire "je connais le parfum de l'air de la ville de K."&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'abord, je n'ai rien distingué qu'un grand voile noir. Puis, peu à peu, les contours des choses me sont apparus, la gare, la grande horloge, le quai, à perte de vue... Tout un univers est né doucement autour de moi, comme s'il se dessinait, que ses lignes se prolongeaient au fur et à mesure que mon regard s'y posait.&lt;br /&gt;A ma gauche, le marche-pied, un jeune homme, et puis l'air déterminé de ceux qui veulent faire croire qu'ils savent pertinemment où ils vont. J'ai eu envie de lui crier que tout le monde s'en foutait, qu'on partait juste, que ce n'était plus la peine de jouer jamais.&lt;br /&gt;Les bombes ont fait exploser nos consciences, aussi, j'aurais voulu dire. Je n'ai rien dit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A ma droite, un banc de béton armé à moitié défoncé, et dont les tiges de ferraille rouillée, mises à nu, se courbaient comme si elles avaient voulu de toute leur force rentrer dans le sol.&lt;br /&gt;Il y avait une femme, assise dessus, en train d'allaiter un bébé. La cendre incandescente de sa cigarette les enrobait de son halo rougeoyant, presque agressif. Je me suis approchée. Mes yeux voyageaient des yeux bleus du nourrisson à la lueur rouge fumante, sans arrêt, à m'en donner la nausée.&lt;br /&gt;-Je... Je peux vous regarder ?&lt;br /&gt;La question est sortie toute seule, sans aucune logique, j'aurais même pu m'en vouloir.&lt;br /&gt;Elle a relevé les yeux, a hoché la tête en souriant. Puis elle a recommencé à bercer l'enfant avec une tendresse maternelle qui a réveillé un je-ne-sais-quoi au fond de ma poitrine.&lt;br /&gt;-Je m'appelle Eyrhe, j'ai dit sans trop savoir pourquoi.&lt;br /&gt;-Lui, c'est Lone, a-t-elle répondu en désignant le nourrisson.&lt;br /&gt;Elle ne quittait pas son bébé des yeux, la fumée de sa cigarette semblait s'emmêler dans le duvet de cheveux du nouveau-né. Moi, je fixais toujours le petit filet gris qui enveloppait Lone.&lt;br /&gt;Elle a rejeté ses cheveux en arrière et a souri un peu tristement.&lt;br /&gt;-Ce n'est pas bon, c'est bien ce que vous allez me dire ? On ne doit pas fumer quand on allaite un bébé d'une semaine ? Vous avez encore les réflexes de l'avant-guerre, vous...&lt;br /&gt;J'ai voulu esquisser une phrase, mais j'ai finalement gardé les yeux écarquillés en points d'interrogation, faute de mieux.&lt;br /&gt;-Vous savez bien, les attaques chimiques de ces derniers mois... La grossesse... et respirer trop fort, et se réfugier dans les abris, et pleurer, et les pluies qui corrodent, et l'eau coupée trop tard, et... Vous connaissez tout ça, non ?&lt;br /&gt;Ensuite, elle a remonté son pull sur ses épaules et a essuyé du bout de sa manche la bouche du nourisson. Elle était calme parce qu'elle ne se défendait pas, elle expliquait juste.&lt;br /&gt;-Alors, lui, il meurt et prépare les trois jours de fin. Moi, je fume parce que ça me détend. J'omets beaucoup de choses, en quelque sorte. J'oublie un peu que je peux serrer ma tête entre mes mains jusqu'à éclater mon crâne. Je fume parce que ça m'apaise, que ça lui donne encore un squelette de mère, vous voyez ? La fumée est un tuteur, est un leurre, et si je lâche ma cigarette, je tombe.&lt;br /&gt;Elle inspira longuement, les yeux fermés, avant de soupirer doucement :&lt;br /&gt;-Vous êtes très jeune, mais la guerre a du vous apprendre à vous défaire de votre enfance plus tôt, n'est-ce pas ? Vous n'auriez pas pris ce train, sinon.&lt;br /&gt;La guerre nous a tous vieillis. J'ai vingt ans, vous m'en donneriez quarante. A une autre époque, ou tout simplement ailleurs, j'aurais eu la vie devant moi. Me voilà avec mon enfant presque mort à bercer dans mes bras. Nous prenons tous ce train pour retrouver l'époque florissante qu'ont connue les ancêtres. Comme on ne peut pas retourner en arrière, on tente une translation toute autre. Vous, moi et tous les autres, voilà ce que nous faisons, Eyrhe. Lone va mourir dès le début du voyage, je le sais, je ne peux rien faire pour empêcher cela. Mais je peux faire le maximum pour vivre, moi. Pour me tenir presque droite au moins pendant qu'il est là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n'ai plus su quoi dire, je me suis tue en regardant mes pieds. Le jour commençait à poindre, révélant le macadam humide du quai. La pluie miroitait dans la boue.&lt;br /&gt;-Vous vous demandez sûrement pourquoi je vous raconte tout cela, a-t-elle souri, en vérité j'ai tout simplement peur. Et besoin de déverser cette peur. Je suis mère, bientôt mutilée de mon enfant, je ne sais pas où je vais. Vous serez mère un jour, vous aussi, et j'ai envie de planter mes yeux et ma vie dans les vôtres, afin que vous puissiez voir tout ça, et ne pas commettre les mêmes erreurs.&lt;br /&gt;Elle ne pleurait pas. Cette femme là, même rongée par la peur, avait le sanglot sec.&lt;br /&gt;-On l'a forcé à la vie. Je n'ai pas voulu le bousiller.&lt;br /&gt;Elle l'a répété encore une fois, un peu plus bas, avant de déglutir péniblement.&lt;br /&gt;-Lone est l'enfant d'un soldat, a-t-elle lâché.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.J'avais appris qu'il y avait deux sortes de soldats : ceux qui ont droit à une permission et qui rentrent en pleurant dans les bras des femmes, et ceux dont il ne faut pas s'approcher et qui ont les mains hagardes. C'était ce qu'on m'avait dit, à moi, avant que nous ne devenions tous soldats.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le jour était complètement levé, seul le ciel chargé au Sud témoignait de l'existence d'un No Man's Land encore trop proche. Du bout de ma chaussure, j'écrasais une feuille d'arbre sur le macadam, la déchirant de chaque aspérité du gravier goudronné.&lt;br /&gt;-Ne faites pas ça, a dit la femme d'une voix douce, elle est tombée, laissez-lui le temps de mourir. Il y a trop peu de feuilles d'arbre maintenant.&lt;br /&gt;-Elle est déjà morte, j'ai protesté à la femme-tombeau.&lt;br /&gt;-Non, elle le sera quand elle aura disparu, et que plus personne ne sera là pour la voir.&lt;br /&gt;Je l'ai dévisagée. Elle a bredouillé, un peu troublée :&lt;br /&gt;-C'est... C'est ce que j'essaie de me dire pour mon Lone.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et soudain, elle a eu vingt ans et elle a pleuré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n'ai pas répondu immédiatement. Et puis, sans savoir pourquoi, peut-être pour qu'elle s'arrête de pleurer, pour faire comme un bouchon sur le syphon des larmes, j'ai propulsé vers elle mon histoire.&lt;br /&gt;-J'ai fait l'amour dans un cratère.&lt;br /&gt;Elle n'a rien dit, mais c'était trop tard pour m'arrêter.&lt;br /&gt;-J'ai voulu forcer la vie, moi aussi, j'ai ajouté.&lt;br /&gt;Et sans savoir pourquoi, j'ai raconté mon histoire à cette inconnue de quai de gare. Comment, il y a quelques mois, je m'étais précipitée dans un abri, avec la peau comme un brasier. Comment j'avais connu les mêmes attaques chimiques qu'elles. Je lui ai dit très précisément l'odeur de pierre fermentée de cette vieille cave. Des silhouettes tassées dans la lumière blafarde du néon.&lt;br /&gt;J'avais voulu prendre un bain. Un simple bain. J'avais laissé couler l'eau chaude en chantonnant, pour croire qu'il n'y avait plus de guerre dehors ; puis je m'étais immergée entièrement dans la baignoire, les paupières scellées, les cheveux ondulant doucement dans la houle domestique, les lèvres pincées.&lt;br /&gt;Dix secondes plus tard, je m'arrachais de l'eau en hurlant, me fracassant les dents contre l'émail du lavabo. J'étais restée longtemps prostrée sur le carrelage glacial, à attendre que la douleur passe. Et puis, me tournant vers l'eau du bain, j'avais poussé un cri en constatant qu'elle était devenue rouge écarlate.&lt;br /&gt;Ensuite, en tâtant mon crâne brulé, si soudainement chauve, j'avais vu, à travers des yeux sans cils, mes mains tachées de brûlures zébrées, corrodées. Là, je n'avais même pas eu la force de hurler.&lt;br /&gt;-Alors je me suis réfugiée dans l'abri le plus proche avec une couverture autour de mon corps nu. J'essayais qu'elle ne frotte pas trop, chaque contact m'était insupportable. J'ai marché pour trouver une cave. Tout le monde sait que c'est là-bas que se terrent les meilleurs médecins, hein ? C'est ce que je me suis dit aussi, j'y suis allée. On m'a soignée durant deux semaines là-bas. Deux semaines dans la cave, pour pouvoir supporter le contact de l'air sur mes pansements. C'est un survivant de quinze ou seize ans qui m'a ramenée chez moi.&lt;br /&gt;Sur le chemin, un immeuble avait été remplacé par un cratère. Je me suis mise à pleurer à ce moment-là, quand j'ai vu ça, je lui ai dit que je ne voulais plus d'ici. Plus jamais. Et... Et après, je ne sais pas comment on a pu en arriver là.&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(204, 204, 204);"&gt;Après je lui ai raconté la chaleur&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(204, 204, 204);"&gt; insoupçonnée &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(204, 204, 204);"&gt;de la peau de ce garçon.&lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(204, 204, 204);"&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="color: rgb(204, 204, 204);"&gt;Sa peau contre la mienne,&lt;/span&gt; la mienne brûlée et mille fois pansée. Sa façon de poser ses mains sur mon corps de petite jeune fille, en me hurlant, en répétant sans cesse "Il y a encore de la vie ! Il y a la vie !". Comme il m'a martelé cet espoir à nous en étourdir. Sa manière d'aimer ce corps chauve qui était devenu le mien, sans être trop regardant, le trouvant beau de raconter une histoire à lui seul...&lt;br /&gt;Et l'instant encore après, la sensation de la terre des éboulements tout contre moi. Etre nus au coeur de la ville en ruines. Ses mains redessinant les formes cauchemardesques des brûlures, sur mes seins à peine naissants. Et toujours ce même leitmotiv, anonné d'une voix plus faible, la tête sur mon épaule, à s'en étouffer.&lt;br /&gt;-Aujourd'hui mes cils ont repoussé, mes cheveux aussi... Enfin un peu. Et vous savez, c'était tout sauf un viol, c'était beau parce que c'était la vie, même si j'étais encore presque une petite fille. J'ai connu l'attente du ventre qui se gonfle, et mes espoirs ont été déçus.&lt;br /&gt;Vous savez, s'il faut n'aimer qu'une fois dans une vie, j'échange tous les possibles contre ces quelques minutes avec lui... C'est étrange, hein ? Ce qui est drôle, c'est qu'avant la guerre, si un romancier quelconque avait imaginé mon histoire, son public aurait fait la moue. Les lecteurs auraient dit "de l'eau de rose invraisemblable, du fantasme malsain". Et aujourd'hui, on y est, finalement. Et ça n'a même rien d'exceptionnel. Votre histoire et la mienne ne sont que les toutes petites touches d'une grande toile collective.&lt;br /&gt;Et pourtant on est aux prises de ces drames quotidiens, et ils paraissent énormes, insurmontables...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle n'a rien répondu, moi je fixais le ciel du Sud depuis un bon moment déjà, je n'avais pas réussi à lui raconter le cratère les yeux dans les yeux. Quand j'ai cherché son regard pour avoir son approbation, je n'ai trouvé qu'une place vide. Même pas de banc. Juste un bout de tôle froissée qui ondulait en chuchotant... et une feuille d'érable à moitié mangée par le macadam.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis la sonnerie de l'escale a retenti.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/36656851-116380540208496439?l=t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/feeds/116380540208496439/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=36656851&amp;postID=116380540208496439&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/116380540208496439'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/116380540208496439'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/2006/11/eyrhe-2-jour.html' title='-Eyrhe, 2° jour.-'/><author><name>Chloé</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15665895115171402002</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='28' height='32' src='http://ermith.free.fr/Autoportraits/4.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-36656851.post-116230049634518110</id><published>2006-10-27T01:00:00.000+02:00</published><updated>2007-07-14T17:24:15.521+02:00</updated><title type='text'>-Sibel, 1° jour.-</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5915/1567/1600/718425/terminus1.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer;" src="http://photos1.blogger.com/x/blogger/5915/1567/320/714400/terminus1.jpg" alt="" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Le sac est par terre, contre le mur.    &lt;/div&gt;&lt;p style="font-family: georgia; text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;Par rapport à cette vie immense, le poids des choses est minime. Il n’y a que quelques vêtements tassés dans le fond, une brosse à dent, un carnet dont la couverture est déchirée ; l’inutile reste ici. Je pourrais avoir le souffle coupé, la pensée errante, et pourtant il n’en est rien. L’âme est vide. Tout ce qui est derrière n’est plus qu’un carton rempli d’objets périmés et dérisoires, une ambiance pétrifiée : le repli dans l’évasion.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;    &lt;/div&gt;&lt;p style="font-family: georgia; text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;Il est quatre heures du matin. C’est l’heure la plus déserte de la nuit. Les gens dorment pour la plupart. Certains vont au travail tandis que quelques rares autres en reviennent. Sur la table en formica blanc, un courrier laconique explique ma partance, puis surtout mon non retour. Il ne faut pas m’attendre. A chaque instant, je veille au silence le plus parfait. Surtout, ne pas réveiller, il me serait impossible d’expliquer ma présence suspecte étant donné que je ne suis pas vraiment du genre à me lever tôt.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;    &lt;/div&gt;&lt;p style="font-family: georgia; text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;Hier soir, j’ai commandé un taxi pour quatre heures quarante. Je l’attends avec impatience et inquiétude. Passera t’il si tôt ? Tiendra t’il la promesse ? Du premier étage, je vois une grande partie de la rue, sous l’éclairage blafard des lampadaires. Il y a des dizaines de voitures parquées comme des jouets, mais rien ne bouge. Seuls deux jeunes au loin semblent jouer à escalader les barrières du parc. Ils enjambent les pointes en riant fort – je ne les entends pas mais j’imagine leurs jeux de fin de nuit. Ils ne paraissent pas ivres, si ce n’est de leur propre bonheur. Soudainement, au loin, derrière les toits des anciens abattoirs, je vois des phares se profiler. Intuitivement, je sais que c’est pour moi. Effectivement, la voiture hésite, puis se stoppe au pas de la porte. Je ressens une forte tension. Bien que tout cela soit décidé depuis longtemps, c’est maintenant que le rêve se concrétise – un rêve tout empli de vide et aride de la moindre espérance. Je marche mécaniquement jusqu’au sac à dos et je l’empoigne nerveusement. Le plus grand danger vient de l’intérieur, de la chambre dont la porte n’est pas vraiment fermée parce que le câble de l’ordinateur traverse la pièce, pourtant, je jette un regard rapide par l’œil de bœuf, monde extérieur. Dans le couloir livide, il n’y a rien. J’entrouvre silencieusement la porte et disparais dans un claquement feutré, presque insonore. La lumière m’aveugle. Je ne prends pas l’ascenseur, je ne veux pas que l’on m’entende partir, qu’on me regarde par la fenêtre du premier étage derrière un rideau, peut-être même des larmes aux yeux, une hypocrisie révoltante – non il n’y a plus d’amour, ça fait des années.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;                    &lt;/div&gt;&lt;p style="font-family: georgia; text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;Le chauffeur de taxi m’a vu et il me fait signe de la main. Je ne monte pas à côté de lui mais à l’arrière. Nous ne nous connaissons pas, nous n’avons rien en commun que cette minuscule part d’histoire sans goût. Les sièges sont en cuir et ça sent la voiture neuve. Je n’aime pas cette odeur, je n’apprécie pas les lieux sans âme – cette voiture n’a pas transporté assez de destins pour me toucher.&lt;br /&gt;-Vous êtes un lève-tôt Monsieur, ce n’est pas tous les jours que j’emporte des clients à cette heure là.&lt;br /&gt;-Oui.&lt;br /&gt;-Alors, où est-ce que je vous amène ?&lt;br /&gt;-Je ne sais pas. Voici l’argent que je peux vous consacrer. Emmenez-moi aussi loin que cela le permet. Autrement, je ne sais pas.&lt;br /&gt;-Pardon ?&lt;br /&gt;-Allez vers le nord s’il vous plait.&lt;br /&gt;-Mais… Le nord est en pleine guerre depuis longtemps, ce n’est pas très sérieux d’aller par là. Le voulez-vous vraiment ?&lt;br /&gt;-Oui. Evitez les zones bombardées, je ne vous demande rien d’autre, et partez maintenant, il ne faut pas rester ici.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;    &lt;/div&gt;&lt;p style="font-family: georgia; text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;Dans un geste probablement habituel, l’homme saisit l’argent que je propose en tendant son bras vers l’arrière. Les billets partent dans un portefeuille en cuir gonflé de papiers divers, dont les bords sont hachés par l’usure. Enfin, le moteur ronronne, les phares sont allumés, le paysage commence à défiler. J’imagine le couloir vide, l’éclairage automatique éteint depuis quelques minutes, le silence pesant de l’appartement dans la nuit. Je n’imagine pas la découverte du courrier, cela ne m’intéresse pas, j’expulse cette idée de mon esprit. Nous n’avons pas pu parler de choses importantes durant toutes ces années, maintenant il est trop tard, c’est le prix à payer, le coût d’une vie sous la dévastation.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;    &lt;/div&gt;&lt;p style="font-family: georgia; text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;Le long des grands boulevards seulement rythmés par les imperturbables feux rouges, les noms des villes D. et S. me montrent que nous faisons route vers le nord, nous passons même l’aéroport de R. à toute vitesse. Les lampadaires glissent le long des fenêtres, en halos réguliers, mettant en exergue les traces de pluie dégoulinantes sur la vitre. C’est d’une grande tristesse mais je suis vide, les sentiments n’ont plus de prise sur moi.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;        &lt;/div&gt;&lt;p style="font-family: georgia; text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;-Puisque vous voulez aller loin, je vous propose un arrêt à la ville de K. Ce n’est pas très éloigné d’ici, c’est même en deçà de la somme d’argent, mais vous pourrez partir. Il y a un train qui passe le matin tôt et qui va loin, je le sais mais je ne connais pas les horaires. Est-ce que ça vous intéresserait ? (Plutôt que de vous lâcher en pleine campagne).&lt;br /&gt;Le silence est peu à peu devenu pesant, je ne savais pas quoi répondre. Je n’avais imaginé que le départ, mais jamais la suite. Pour couper court à la situation désagréable, je répondais que oui, ça ne me dérangeait pas. Pour passer le temps, parce que la réponse m’indifférait, je demandais :&lt;br /&gt;-Et il y a aussi la guerre là-bas ?&lt;br /&gt;-Oui. Il y a aussi.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;      &lt;/div&gt;&lt;p style="font-family: georgia; text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;La voiture a ralenti et a amorcé un virage vers la sortie de l’autoroute. Les éclairages sodium sont devenus plus fréquents et irréguliers. Quelques panneaux indiquent K. à quatorze kilomètres. En dessous des panneaux, il y a des publicités rongées par l’humidité. Par automatisme, je regarde l’heure sur la pendule aux chiffres rouges. Cela fait maintenant une heure vingt que nous roulons. Il y a une vague lueur lumineuse dans les champs, le jour ne tardera pas à se lever. Les premières zones industrielles ont finalement fait leur apparition. K. m’a parue froide et sans âme. Je ne pense pas que cela aurait pu être autrement, même pour la plus belle ville du monde. Aux grands boulevards se sont succédées les petites rues, puis enfin la gare, immense bloc de béton dont certaines plaques de parement manquent, tombées et enlevées du sol depuis longtemps.&lt;br /&gt;-Voilà, nous sommes arrivés.&lt;br /&gt;Je ne voyais pas le visage du conducteur, si ce n’est que subrepticement dans le rétroviseur. En sortant, je me rendais compte de son crâne dégarni, son air bovin et grand buveur. A peine descendu du véhicule, il m’a dit au revoir, tout aussi froidement que l’ensemble du trajet, puis il est parti. La voiture a tourné à droite, elle s’est enfoncée au loin dans la ville – j’ai longuement suivi la disparition des phares rouges dans la fin de la nuit. Je me retrouvais seul dans un lieu inconnu, le passé effacé, un peu comme un grand tas de feuilles de papier hétéroclites, pétries d’écritures, se tordant sous la lumière des flammes, noircissant peu à peu jusqu’à devenir cendres.&lt;/p&gt;&lt;p style="font-family: georgia; text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Je me suis dirigé vers la gare. Le grand hall éclairé de lumières jaunes trop puissantes était désert ; personne aux guichets dont les rideaux étaient baissés, rien qui ne puisse renseigner si ce n’est ce grand panneau noir aux lettres lumineuses, indiquant des horaires puis les destinations des trains. Une ligne restait vide, ne proposant que l’heure de départ mais aucune ville d’arrivée. Je devinais qu’il s’agissait du train évoqué par le chauffeur de taxi, sans en être sûr. Comme la porte arrière de la gare était fermée à clé, je suis sorti pour faire le tour et rejoindre la voie onze. Le tunnel sous les quais était lui aussi beaucoup trop éclairé.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;    &lt;/div&gt;&lt;p style="font-family: georgia; text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;Dans l’escalier constellé de graffitis, on aurait pu deviner des traces de pisse. Par réflexe, on retient sa respiration, on se dépêche de retrouver l’air libre. C’est la fuite des souterrains de gare. Sur le quai, il y a beaucoup de monde. Au contraire de la ville de K. encore vide à cette heure là, la présence de toutes ces silhouettes m’étonne. Il n’y a personne qui parle, les gens attendent. Seuls quelques individus murmurent entre eux, mais je ne comprends pas leurs paroles. La plupart ont des sacs de supermarché, aucun n’a un sac à dos propre comme le mien. Je me suis réfugié dans un abri dont les plaques de plastique étaient cassées, gisant par terre. A certains endroits, le revêtement de quai faisait des bourrelets, peut-être les vestiges d’étés bien trop chauds.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;    &lt;/div&gt;&lt;p style="font-family: georgia; text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;  &lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Soudainement, le train est arrivé. Je l’ai entendu au bruit métallique sur le pont enjambant la vallée de la rivière K. Ses phares m’ont aveuglé. Je n’ai pas compté le nombre de wagons, je me suis juste rendu compte que c’était un très long train. Ignorant le temps d'arrêt, je me suis dépêché de sortir de l'abri, contournant un poteau dont le béton était fissuré. Un dernier regard pour le quai courbe et le train penché, je remarquais avec un peu de stupéfaction que tous les gens avaient disparu. Sur le quai lessivé par la pluie, pas une empreinte de pied, pas un seul proche pour dire au revoir. Cela donnait une étrange impression de désolation. Lorsque j'ai mis le premier pas sur le marchepied, je me suis demandé où me portais le hasard. Dans le fond, cela n'avait pas grande importance. Au loin, le ciel était rougeoyant.&lt;/span&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/36656851-116230049634518110?l=t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/feeds/116230049634518110/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=36656851&amp;postID=116230049634518110&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/116230049634518110'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/116230049634518110'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/2006/10/sibel-1-jour.html' title='-Sibel, 1° jour.-'/><author><name>tchorski</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-36656851.post-116189207191917114</id><published>2006-10-26T21:46:00.000+02:00</published><updated>2006-11-15T21:47:23.040+01:00</updated><title type='text'>-Eyrhe, 1° jour.-</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;    Je suis partie ce matin de chez moi, avec la ferme intention de ne plus jamais y revenir. Ce n’était pas vraiment une décision, de celles que l’on prend pour devenir adulte. C’était une nécessité. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Un mot sur la table, par habitude, les clés dessus pour ne pas changer d’avis ; et aussi parce que la vitre de la cuisine n’a pas été réparée, et que je ne voulais pas que le papier s’envole. Une lettre d’adieu, même en une phrase, ne doit pas se perdre.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;J’ai claqué la porte. Et chaque atome de lieu est devenu dehors.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;C’était étrange, déjà, de reposer le pied dans la rue. L’air que je respirais me disait que la ville mourait, que c’était le bon moment pour partir. Je ne portais que des teintes fades, du brun, du beige, et je me sentais criarde au milieu des boulevards éteints, désaturés par les amas de cendre.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;J’ai marché dans la ville déserte, les familles volontaires étaient déjà venues ramasser les corps. La flamme qui achevait de consumer une pile de tracts m’a fait mal aux yeux.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;A un moment, en arrivant dans les beaux quartiers, j’ai failli tomber dans un trou. Un cratère, comme une plaie sur un blessé, laissait entrevoir, écorchant le macadam, une rame de métro contorsionnée. Là, je me suis dit quelque chose comme « la ville est béante, il faut partir ». Maisons luxueuses et gravas vertigineux se succédaient et s‘accouplaient de poussière, comme une guirlande accrochée gauchement à la gloire de la guerre civile.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;J’ai marché jusqu’aux routes. Un aveugle m’a dit « les routes sont fermées, mademoiselle, la ville est emballée sous vide ». Je lui ai répondu qu’il ne les voyait pas, qu’il ne pouvait pas savoir. J’ai presque crié pour ne pas me taire. J’ai réprimé l’envie de pleurer qui m’assaillait alors que je faisais face à ses pupilles brûlées.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Il a souri et m’a répondu que ça se sentait, l’air qui venait à manquer, tout simplement.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;« Pris au piège. La ville sous vide, » il a répété.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je suis restée encore quelques minutes, à faire le tour des frontières, à inspecter. Les fossés, les cratères, les falaises qui s’étaient creusés. Je ne pouvais pas passer, même avec toute la bonne volonté du monde, c’était certain. Et puis pour aller où, après tout ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Les communications sont coupées depuis trop longtemps, on ne sait plus ce qu’il y a à l’extérieur, c’est interdit de toute façon. C’est-ce que je me suis dit, alors j’ai fait demi-tour.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Le clochard s’est endormi, et je me suis demandé si les aveugles recouvrent la vue au creux de leurs rêves. Ou si leurs songes ne se peuplent jamais d’images.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Et puis je me suis demandé, tout simplement, s’il pouvait encore rêver.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je suis arrivée à la gare vers midi. Au silence des rues mortes a succédé une clameur infernale, de celles qui font vibrer la peau par-dessus les os. Un brouhaha insupportable, alchimie d’éclats de voix, de pleurs, d’ânonnements et d’annonces aux voix de métal.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;J’ai redécouvert le monde, après tant de jours enfermée seule dans l’appartement de mes parents sur les faubourgs. J’ai redécouvert les corps qui se pressent anonymement les uns contre les autres, les odeurs qu’ils exhalent pour hurler qu’eux ont survécu.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;C’est à ce moment-là que je me suis souvenue que j’étais vivante, comme un électrochoc. Les gens parlaient d’un train qui allait venir, ils ne disaient pas où il irait, mais ils en parlaient avec fièvre. Il régnait une chaleur insoutenable dans le hall de la gare, embaumé des mille haleines qui hurlaient leurs histoires d’ailleurs. J’ai eu peur de tomber évanouie, d’être piétinée par toutes ces bottes fébriles, alors je me suis modelée à travers la foule, vers les escaliers menant aux quais.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Les escalators ne marchent plus depuis longtemps, ils étaient nombreux comme moi, leurs valises en main, à gravir les marches trop hautes, et à réduire en sable les graviers qui crissaient contre le métal. Certains s’étaient fait beaux pour l’occasion.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;D’autres n’avaient rien emporté du tout, et se hâtaient, lugubres, livides en haillons.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Nous avons peuplé le quai de notre attente inquiète. Je ne sais pas combien de temps, je suis restée là, immobile, une valise dans chaque main, à serrer fort les poignées.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Et puis le train est arrivé, silencieusement. Tout le monde s’est tu.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Le temps a semblé se figer d’un seul coup sous les phares de la machine. Au bout du quai, quelqu’un s’est élancé sur la voie, le corps cambré, comme suspendu entre deux mondes. Derrière la lucarne aveugle du conducteur, personne n’a freiné.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Le bruit des os compressés par le poids de la locomotive a lancé la contagion. Peu à peu, partout autour de moi, les gens se sont jetés sur la voie, beaux dans leur abandon ultime du monde. Tous se taisaient, encore, et dans ce silence, seule la mort continuait à faire entendre son craquement sec, au fur et à mesure de l’avancée de la machine.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Ils attendaient leur tour, tous, puis un à un, avec une régularité fascinante, ils sautaient dans le vide et venaient mourir, quelques dizaines de centimètres seulement sous le velours rouge des fauteuils confortables du train.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Juste au-dessus des membres broyés, bien assis sur leur séant, quelques passagers indifférents regardaient par la fenêtre d’un air morne, ou se plongeaient dans la lecture d’un journal économique.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;C’était une pluie de corps partout autour de moi. La mort à contempler sous tous les angles possibles. L’épidémie suicidaire ne tarissait pas, ils tombaient lestes et beaux comme les pétales d’une fleur vénéneuse.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Puis, il n’est plus resté sur le quai que quelques bagages abandonnés, une écharpe emportée par le vent, une poupée de petite fille. Et moi.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Les jointures de mes doigts étaient blanches d’avoir serré la poignée de mes valises, en assistant bouche bée à ce grand  refus du monde. Je suis montée dans le train, gauche sur le marchepied. Il était maculé d’éclaboussures rouges.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;J’ai cherché une place, à tâtons. Ca n’allait pas du tout. Depuis le début de la guerre j’avais tout fait pour éviter de poser mes yeux sur les morts.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;A la fascination lugubre pour ce grand envol succédait l’horreur. La nausée m’a prise.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je n’avais rien dans l’estomac, le soubresaut qui m’a agitée n’a rien déversé sur la moquette ouateuse. Juste mon dégoût et des larmes épaisses qui ont refusé de couler, pour mieux brouiller ma vue.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Quand j’ai relevé la tête, j’ai été frappée de constater combien le wagon était paisible. Tout sentait le silence et la lenteur. J’ai eu soudainement l’impression que ces dernières années n’avaient été qu’un rêve, qu’aucune guerre n’avait éclaté. Mieux : que la ville n’avait jamais existé.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je me suis surprise à sourire, puis à constater que l’effort était douloureux. Alors j’ai arrêté.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Il y avait deux fauteuils vides près de la fenêtre. J’ai posé mes affaires sur l’un, avant de me terrer au fond de l’autre. Je me suis endormie. Longtemps.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Quand je me suis réveillée, le paysage avait changé. J’ai compris que j’étais définitivement partie, et qu’à l’heure qu’il devait être, on avait peut-être trouvé mon mot et mes clés sur la table de l’appartement des faubourgs. Mes parents étaient-ils enfin rentrés ? Qu’avaient-ils dit ? Ma mère avait-elle pleuré ? Une foule de questions m’assaillait, et je sentais que je ne retrouverais pas aisément le sommeil avant d‘y avoir répondu.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Je m‘y attelais donc à grands renforts de déductions logiques, lorsque le ronronnement du train s’est arrêté. J’ai regardé par la fenêtre, sans rien pouvoir discerner d’autre qu’une obscurité épaisse et inquiétante.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt;Il m’a semblé qu’au loin, on entendait encore tomber quelques bombes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-family:georgia;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/36656851-116189207191917114?l=t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/feeds/116189207191917114/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=36656851&amp;postID=116189207191917114&amp;isPopup=true' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/116189207191917114'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/36656851/posts/default/116189207191917114'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://t-e-r-m-i-n-u-s.blogspot.com/2006/10/eyrhe-1-jour.html' title='-Eyrhe, 1° jour.-'/><author><name>Chloé</name><uri>http://www.blogger.com/profile/15665895115171402002</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='28' height='32' src='http://ermith.free.fr/Autoportraits/4.jpg'/></author><thr:total>3</thr:total></entry></feed>
